Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Sur la base de sources publiques, retour sur des affaires restées énigmatiques.

L'ASSASSINAT DE JOHN FITZGERALD KENNEDY (VIII)

 

5) Questions/réponses :

Où était Roy Truly, entre 12 h. 30 et 12 h. 45 ?

Dans une interview accordée à Gill Toff, en 1968, Dougherty affirme que Truly était présent au rez-de-chaussée – dans son bureau – lorsque lui l’a atteint depuis le quatrième étage, et qu’il était ensuite remonté aux étages, lorsque lui-même l’a fait, en compagnie d’un agent du FBI qui souhaitait rencontrer le directeur de l’établissement (notons qu’il maintient sa déclaration faite devant la commission Warren qu’il s’agissait d’un membre du FBI ou, plus exactement, d’un homme lui ayant exhibé un document censé attester qu’il était du FBI). Il faudrait donc en conclure que l’inspecteur Sawyer que rencontre Baker à l’un des étages n’est effectivement pas l’agent qu’a accompagné Dougherty, outre pour la raison que Sawyer est membre de la police de Dallas, pour la raison que Dougherty est censé n’avoir pas tardé à quitter le 4ème, après y avoir entendu la détonation, et n’avoir atteint le rez-de-chaussée qu’après avoir rencontré Baker et Truly (lequel ne pouvait donc pas être déjà descendu et installé à son bureau) – rencontre dont on notera que Dougherty n’en parle jamais, se contentant, tout au plus, d’admettre, devant la commission Warren, avoir vu le second, au moment d’avoir guidé l’agent jusqu’à lui, ce qu’il niera, d’ailleurs, devant Toff. Car, au moins de prime abord, on n’ira pas jusqu’à tenir compte du témoignage de Joe Molina, recueilli par le détective B. L. Senkel, selon lequel Truly est resté au rez-de-chaussée, à son retour à l’intérieur du bâtiment (« Mr Truly went back into the building and stayed on the first floor »), ce qui impliquerait qu’il soit monté tardivement, vraisemblablement sans Baker, avant que Dougherty ne guide ou ne tente de guider un agent jusqu’à lui. Dans sa déposition au bureau du shérif du 22 novembre, Baker dit bien être monté aux étages, en compagnie d’ « un homme [qui] s’était avancé [vers lui] et [lui] déclarait être le directeur du bâtiment » (« a man stepped forward and stated he was the building manager »), formule ne pouvant que désigner Truly, outre qu’elle peut laisser entendre que Baker n’avait pas cherché à le rencontrer, ni, du reste, cherché à rencontrer quelque autre employé de l’établissement, à ce niveau qu’est le rez-de-chaussée. Dans ce cas, Molina n’a pu voir Truly présent au rez-de-chaussée, au plus tôt qu’aux alentours de 12 h. 42, soit au retour de son inspection des étages, et notamment – du moins, selon ses déclarations et celles de Baker – celle du toit (cette inspection des étages n’ayant pas duré plus de dix minutes, comme l’affirment leurs auteurs), et en aura déduit qu’il y était aussi depuis son retour d’Elm Street.

Mais, d’un autre côté, si, comme divers indices peuvent le laisser penser (au premier rang desquels, la toute première déposition de Baker susmentionnée), la rencontre dans la salle à manger n’a pas eu lieu, c’est donc que l’employé rencontré « au 2ème ou 3ème étage » (comme le déclare Baker) n’était pas Oswald, autrement dit que celui-ci a été « raté », sans quoi il n’aurait pas été nécessaire d’inventer la rencontre dans la salle à manger (qui ne fait officiellement son apparition, dans un rapport du FBI, que trois jours plus tard), salle où, de toute évidence, se tenait effectivement Oswald, comme Arnold et Reid l’ont rapporté (Notons, quand même, que les deux rencontres pourraient avoir eu lieu, étant donné, d’une part, ce que nous avons dit des témoignages concernant celle de la salle à manger, p. IV, et, d’autre part, le fait que Dougherty déclare à Toff avoir rencontré Oswald en train de déjeuner, dans la salle à manger, au 1er étage, où lui-même venait de descendre, par les escaliers, après être monté au 5ème, après avoir déjeuné au rez-de-chaussée, laissant ainsi clairement supposer qu’il a rencontré Baker et Truly, « au 2ème ou 3ème », juste avant de rencontrer Oswald. On comprendrait, d’ailleurs, qu’il n’éprouve aucune réticence à parler de cette rencontre avec Oswald, puisqu’elle se déroule juste après le passage du policier et du directeur à la salle à manger, passage qu’il ne ferait, en somme, que corroborer. Baker et Truly n’auraient pas fait état des deux rencontres, en cherchant, dans un premier temps, à faire passer celle « au 2ème ou 3ème » – plus proches du 5ème que le 1er – pour une rencontre avec Oswald, et, ensuite, pour éviter de mettre en avant Dougherty, témoin potentiellement très déstabilisant pour la version officielle). 

Dans le prolongement, se pose inévitablement la question suivante : Baker avait-il la mission d’abattre Oswald, quand celui-ci était censé descendre du 5ème (sans doute par les escaliers, puisque devant laisser l’ascenseur ouest aux tireurs, et puisque l’ascenseur est – le plus bruyant et nécessitant d’accéder à son niveau pour l’utiliser – à supposer qu’il ait bien été apporté par Williams et peut-être par Jaman et Norman, n’était vraisemblablement pas censé devoir se trouver dans les parages) ? Ce qu’il ne pouvait qu’échouer à faire, si, comme nous le soutenons, Oswald avait déserté le 5ème, avant l’heure prévue. Et, si tel était bien la mission de Baker, il aurait eu de forte chance d’avoir à la remplir sans s’encombrer à attendre préalablement quelqu’un d’autre, en l’occurrence Truly. Or, n’est-ce pas ce que peuvent laisser entendre les premières déclarations à la presse de ce dernier, dans lesquelles il affirme avoir été très distancié par le policier. Bredouille (de n’avoir pas trouvé Oswald), Baker aurait trépigné sur un ou plusieurs étages (à ce propos, on notera la formule utilisée par Williams, devant la commission Warren, pour décrire la façon dont il l’aperçoit, par-dessus les caisses de livres, au 4ème étage, avant de préciser n’avoir vu personne d’autre : « he just came around and around to the [east] elevator », que l’on peut rendre par : « Il ne faisait qu’aller et venir près de l’ascenseur est » ; à quoi s’ajoutent ses déclarations, encore plus explicites, au FBI, des 23 novembre 1963 et 19 mars 1964, selon lesquelles un policier, manifestement seul, est bien monté au 4ème pour l’inspecter, avant que lui et ses deux collègues ne descendent à l’étage inférieur – le policier y serait monté d’une façon que Williams peut, néanmoins, commettre l’erreur de juger avoir été par ascenseur, puisque, de l’avis commun à lui et ses deux collègues, il était très difficile de pouvoir juger de l’utilisation des ascenseurs, depuis la place qui était la leur. Viendrait encore à l’appui, le témoignage pour le moins évasif de Dorothy Garner, recueilli en 2011 par Barry Ernest. Bien que demeurée, plusieurs minutes, dans la salle d’entrepôt du 3ème, juste après que furent descendues ses deux employées Adams et Styles, elle affirme : « J’ai vu [Truly] plusieurs fois, ce jour-là, mais je ne suis pas sure de où et quand », « Je me souviens avoir vu un policier ou des officiers de police dans les escaliers, oui » ; à l’aune de quoi, peut résonner rétrospectivement comme une tentative de falsification, la déclaration minimale et sans relief du procureur Stroud, dans sa lettre à Rankin du 2 juin 1964 : « Mademoiselle Garner (…) a affirmé, ce matin, que, après que Mademoiselle Adams a descendu les escaliers, elle a vu Mr Truly et le policier monter »). Après être resté bredouille, le policier aurait été rejoint par Truly et tous deux auraient fini par rencontrer Dougherty, qui s’était mis à la recherche de son patron, à la demande d’un agent censé être du FBI (du moins, Truly l’aurait-il rencontré, puisque Dougherty ne parle jamais de Baker et réciproquement, mais, comme nous le disions, admet, tout au plus, avoir vu Truly, même si c’est pour le nier, quatre ans plus tard, comme nous l’avons vu, et puisque, devant la commission Warren, Truly se dit « certain » – « sure » – de l’avoir vu, au quatrième étage). Molina aurait donc dit vrai. A la suite, se comprendrait pourquoi Ruby s’est rendu aux abords du TSBD, sur le coup de 12 h. 30-12 h. 35 : vérifier si Oswald avait été abattu, et si ce n’était pas le cas, lancer l’opération de rattrapage, à Oak Cliff, impliquant l’assassinat de Tippit. Ainsi, s’expliquerait d’autant mieux l’heure relativement tardive à laquelle Roger Craig dit avoir vu le Rambler embarquer Oswald : « at about 12 : 44 or 12 : 45 » (interview par Mark Lane du 25 novembre 1967), « it was 12, 15 minutes, I imagine, after the first shot was fired (…) that would be somewhere between 12 : 40 and 12 : 45 » (interview croisée avec Penn Jones de février 1968), tardiveté dont la cause principale pourrait avoir été, du côté des comploteurs, de l’expectative et la nécessité de faire intervenir des intermédiaires, dont Ruby.

 

Pourquoi Buell Frazier aurait-il menti, en parlant d’un paquet plus court qu’il n’aurait été, en réalité ?

Plusieurs hypothèses peuvent être avancées :

- par amitié ou voisinage ; pour protéger les Paine et/ou Marina Oswald.

- parce qu’il craint d’être inculpé de complicité (ce qui pourrait même être une raison pour laquelle il aurait éventuellement inventé l’histoire d’un Oswald déclarant transporter des tringles – qui, eu égard à la largeur des fenêtres de sa chambre, pourraient avoir mesuré environ 50 cm, au cas où elles auraient été télescopiques – alors qu’il aurait su ou soupçonné ou encore su qu’on soupçonnait qu’il s’agissait d’un fusil).

- parce qu’il est complice et a peut-être lui-même placé le paquet à l’arrière du véhicule.

- parce qu’il veut mettre sur la voie d’une manipulation dont a été victime Oswald, voire de l’existence d’un deuxième fusil et donc d’un deuxième tireur : bien qu’Oswald ait bien transporté un fusil, il faudrait comprendre qu’il se pourrait très bien qu’il ait transporté un autre fusil que son Mannlicher-Carcano.

Mais s’il n’a pas menti – comme nous l’avons supposé – Oswald pourrait avoir tenu le paquet, de biais, plaqué contre le thorax, le bas du paquet dans la paume droite, et le haut tenu, de la main gauche, à hauteur d’épaule gauche. Ou encore, comme nous le laissions entendre, la main droite sur le verrou saillant sous l’emballage et le paquet légèrement incliné vers l’avant, par le bas, le bas se dérobant ainsi à la vue d’un observateur situé à l’arrière. D’ailleurs, c’est ce que, devant la commission Warren, Frazier lui-même n’exclut pas : « Il [Oswald] pourrait en avoir eu une partie [du paquet] dépassant en avant de sa main » (« he could have had some of it sticking out in front of his hand »).

 

Pourquoi son utilisateur a-t-il caché le Mannlicher-Carcano, près de la cage d’escalier, au lieu de s’en débarrasser, plus tôt, là où les endroits pour le cacher ne manquaient pas ?

A-t-il cherché ainsi à se protéger, le plus longtemps possible, au moyen du fusil réarmé (comme il l’était, lorsqu’on l’a découvert), contre un éventuel intrus lui barrant le passage ? Mais, dans ce cas, pourquoi n’aurait-il pas continué, au moins jusqu’à l’étage suivant, c’est-à-dire jusqu’à la porte de l’ascenseur de cet étage, qu'il finit par franchir, comme nous l'avons vu (à moins de supposer qu’il ait pu appeler cet ascenseur, au cas où sa porte aurait eu été fermée par Dougherty… ce qui remettrait en question la véracité d’un Truly n’ayant pu l’appeler, depuis le rez-de-chaussée… et donc d’un Truly ayant accompagné Baker… sans compter que le témoignage de Williams devant le FBI, le 19 mars 1964 – quoique probablement erroné, sur ce point – fait état d’un policier monté par ascenseur au 4ème, avant que lui n’en descende, soit avant 12 h. 40, policier qui ne peut qu’avoir été Baker) ? Parce que, arrivé à la cage d'escalier, il venait de rejoindre le second tireur, lui aussi en possession de son arme, et que, désormais, une seule arme pouvait suffire à les protéger ? Ou bien parce que, comme nous l’avons évoqué, Oswald risquait de se trouver encore dans la cage d’escalier et qu’il convenait de lui montrer qu’on emportait bien le Mannlicher-Carcano, du moins, jusqu’à ce que le second tireur ne le pousse ou ne l’entraîne à déguerpir (hypothèse d’un Oswald prêtant son arme dont on admettra, néanmoins, qu’elle demeure peu vraisemblable, à moins qu’Oswald eût la conviction que l’attentat programmé ne devait être qu’un simulacre) ? Quelle que soit la réponse, il est certain que l'utilisateur de l'arme n'est pas particulièrement soucieux de faire disparaître les traces de son passage, puisqu'il laisse les cartouches vides, à même le sol, là où il a effectué les tirs. D’un autre côté, notre question initiale n’aurait même plus lieu d’être, s’il était établi que l’arme n’a pas servi, ce jour-là. Or, comme le relèvent Walter Graf et Richard Bartholomew, il n’existe aucune preuve qu’un test de vérification, en cette matière – test pourtant obligatoire et dont les résultats sont obligatoirement consignés – ait été effectué (cf. « The gun that didn’t smoke », part 2, section 1). Si le fusil n’a fait qu’être déposé, sans avoir eu à tirer, celui qui l’a déposé sera probablement arrivé par l’ascenseur et l’aura déposé le plus près possible de la sortie d’ascenseur (soit exactement là où on l’a retrouvé : au milieu des caisses amoncelées près de l’entrée de la volée d’escalier descendante), en évitant ainsi de s’aventurer plus loin dans l’étage, où il pouvait être vu par quelqu’un.

 

Pourquoi y avait-il le fameux « nid du tireur », un espace bien enclos entre des rangées de caisses de livres bien jointes d’environ 1,50 mètre de hauteur ?

Peut-on vraiment penser que le tireur espérait se protéger ainsi des regards d’employés ou d’autres risquant d’être présents dans la salle ? Certes, le tir devait être effectué à faible distance du sol, étant donné le faible enseuillement de la fenêtre (30 cm.) et le fait que celle-ci ne pouvait être ouverte qu’en sa partie inférieure. Mais cet agencement de caisses inhabituel n’aurait-il pas été plutôt une manière sûre d’attirer leur curiosité et de risquer de voir surgir leur tête, en surplomb du « nid », sans les avoir vu, ni même entendu arriver (le livre étant un bon isolant acoustique) ? Certes, il pouvait espérer se cacher, pendant les seules secondes critiques nécessaires pour effectuer les tirs, après avoir pu observer rapidement (nonobstant le risque de déconcentration), au-dessus du 1,50 m du mur, la salle. Il reste qu’il est probable que ce « nid » n’ait eu d’autre fonction que – outre celle d’accréditer a posteriori la présence d’un tireur solitaire au 5ème étage – celle de créer une barrière acoustique réfléchissant – et donc amplifiant – le bruit des détonations vers la rue (ce qui aurait été d’autant plus justifié, si les munitions étaient sous-dosées en poudre – et donc moins bruyantes – afin d’éviter qu’elles n’atteignent gravement des tiers, alors qu’elles auraient été tirées par l’arme incertaine qu’aurait été le vieux Mannlicher-Carcano, à seule fin de faire diversion – hypothèse étayée par la faible profondeur de la blessure dorsale de Kennedy, qui pourrait avoir été causée par un tel type de munition, et par le fait que le tireur semble n’avoir pas hésité à montrer sa présence à la fenêtre, comme s’il avait cherché à attirer l’attention sur lui, afin, peut-être et entre autres, de compenser le déficit sonore de son arme, comme l’indique le nombre important de témoins à l’avoir vu, lui et/ou son arme : Howard Brennan, Carolyn Walthers, Arnold Rowland, Amos Euis, Ronald Fisher, Robert Edwards, Bob Jackson, Malcolm Couch, James Worrell, John Powell et L. R. Terry – dont certains, au demeurant, comme nous l’avons déjà vu, ont pu apercevoir une deuxième personne présente avec lui ; particulièrement intéressant étant, à ce propos, le témoignage de Rowland, situé sur Houston Street, qui a vu une personne armée présente à chacun des deux angles avant de l’étage et n’en a pas moins entendu les détonations venir exclusivement du Grassy Knoll). Doit-on aller jusqu’à émettre l’hypothèse que les travaux de réfection du plancher, commencés, la veille, à l’autre bout de la salle (après que ceux de l’étage inférieur eurent été terminés), travaux qui avaient déjà nécessité le déplacement de caisses de livres du mur ouest vers le mur est (autant de détails que rapporte Bonnie Williams, devant la commission Warren), pourraient avoir participé à un tel stratagème ? D’une part, l’espace libéré, formant un couloir, à l’ouest, permettait une meilleure diffusion du bruit de la détonation du second fusil, vers le côté opposé à la rue, autrement dit dans le bâtiment (espace libéré bien visible sur deux photos prises par William Allen et entre les 7 min. 39 s. et 7 min. 41 s. de la version reconstituée du film d’Alyea, d’une durée d’environ 26 min., publiée sur le site « prayer man », autant de prises de vue sur lesquelles on remarque que, au moment de quitter le travail, vers 11 h. 45, l’équipe de Lovelady n’avait laissé aucun trou dans le plancher – la petite portion nord que manque d’atteindre l’objectif de la caméra étant, du reste, bien visible sur les photos d’Allen : il s’agit du plancher situé devant la cage d’escalier où sont amoncelées des caisses barrant, au sud et à environ un mètre d’elle, l’entrée de la cage – et, à ce titre, pouvant certes atténuer la diffusion sonore par les escaliers – caisses au milieu desquelles fut retrouvé glissé le Mannlicher-Carcano, comme le désigne du doigt le lieutenant Day sur les prises de vue d’Allen). D’autre part, les caisses amoncelées à l’est renforçaient la barrière acoustique dont nous parlions. L’hypothèse d’un chemin aménagé, le long du mur ouest, pour la détonation du tir de la fenêtre sud-ouest, n’est pas suffisamment infirmée par la présence résiduelle de piles de caisses, d’environ 1 mètre de hauteur, le long du mur, non loin de la fenêtre – elles aussi, bien visibles sur les prises de vue susmentionnées. Ces caisses pourraient, d’ailleurs, avoir servi de siège au second tireur pour observer discrètement – puisqu’en retrait de la fenêtre et presque au ras du seuil – Houston Street. Ensuite, ce même tireur pourrait s’être positionné légèrement en surplomb et en retrait derrière l’arête est de l’embrasure, en permettant ainsi à une bonne partie de l’angle de diffusion maximale du bruit de la détonation (60°) d’être réfléchie par la paroi ouest et le seuil de l’embrasure vers l’intérieur du bâtiment.

 

Si l’on admet que Baker et Truly ont inspecté la salle à manger, au premier étage, moins de deux minutes après les tirs, et qu’ils y ont rencontré Oswald, ce dernier avait-il, dans les mains, à ce moment-là, une bouteille de soda ?

Une déposition de Marrion Baker, faite devant l’agent du FBI Gerard Burnett, le 23 septembre 1964 (cf. document de la commission n° 1526, WCHE, XXVI, p. 679), et dont le texte semble bien avoir été signé de la main même de Baker, porte la mention d’un Oswald « drinking a coke » (dans la salle à manger du premier étage, au moment de sa rencontre avec le policier) biffée – ainsi que la localisation alternative de la salle « or third floor » suivant « second floor » (ce que l’on ne manquera pas de rapprocher de la déclaration faite par Baker, au bureau du shérif, le jour même de l’attentat, selon laquelle il rencontra un employé, au « deuxième ou troisième étage » – « third or fourth floor » – aussitôt identifié par Truly) – chacune des deux biffures étant surmontée des initiales de Baker, qui semblent bien avoir été inscrites de sa main et sont censées indiquer qu’elles ont été approuvées par lui. Si on écarte l’hypothèse que son écriture a été imitée – ce qu’infirment la très grande similitude avec son écriture et le fait qu’il n’a jamais dénoncé cette pièce à conviction comme étant un faux – de deux choses l’une : ou bien c’est Baker qui vient lui-même de prononcer la déposition et son greffier l’a notée, avant qu’un contrôleur lui fasse rayer les fameuses mentions, en présence de Baker ; ou bien la déposition a été écrite indépendamment d’une quelconque dictée de Baker, avant qu’on ne lui demande de la signer : au moment de la signature, Baker (ou un contrôleur, qui, au demeurant, pourrait être le greffier lui-même, qui se corrige, après avoir été emporté à noter ce qu’il croyait savoir) fait rayer les mentions, soit parce qu’elles ne correspondent pas à ce dont il a été témoin, soit parce qu’il réitère (ou, comme dans la première hypothèse, parce qu’on lui fait réitérer) un mensonge effectué, dès les premiers jours. Mais, s’il s’agit d’un mensonge, on peut s’étonner que le texte de la déclaration (au demeurant, court, et dont la seule raison d’être semble avoir été de préciser que Baker ne vit personne d’autres qu’Oswald dans la salle à manger, ni dans ses alentours, au moment où il le rencontra, outre peut-être aussi qu’il n’était pas encore certain que les tirs venaient du bâtiment) n’ait pas été remis au propre, afin que soit supprimée toute trace ne pouvant qu’insinuer le doute. Par ailleurs, pourquoi n’aurait-on pas obligé Mrs Reid à mentir pareillement, lors de son audition par la commission Warren, alors qu’elle est bien censée avoir rencontré Oswald, dans le prolongement immédiat de la rencontre de celui-ci avec Baker, quoique, il est vrai, un Oswald qui, selon elle, tenait à la main une bouteille de coke pleine, comme s’il avait pu la prendre, après le passage de Baker (Oswald étant officiellement sorti du bâtiment, vers 12 h. 34, par la porte principale, qui, comme le déclare Fritz devant la commission Warren, à l'instar de toutes les autres issues, n'est toujours pas hermétiquement fermée par ses hommes, lorsqu'il fait son entrée, à 12 h. 58) ?

D’ailleurs, Mrs Reid pourrait avoir rencontré Oswald, avant Baker, après être montée au 1er étage, avant ce dernier (Elle estime à deux minutes le temps écoulé entre le dernier tir et cette rencontre, durée pendant laquelle elle échange quelques mots avec son collègue Ochus V. Campbell, situé comme elle près de l’escalier d’entrée du TSBD, et observe les fenêtres où sont penchés Jarman et ses deux collègues, présents aux 4ème étage ; du reste, Baker est plutôt porté à rallonger qu’à raccourcir l’estimation officielle de la durée écoulée entre l’instant où il quitte sa moto et sa propre rencontre avec Oswald, soit environ 1 min. 30). Du même coup, Oswald aurait revêtu sa chemise brune, juste avant sa rencontre avec Baker (raison pour laquelle celui-ci l’aurait aperçu présent dans le vestibule), parce qu’il s’apprêtait à sortir du bâtiment. Craig aurait donc bien vu Oswald monter dans le Rambler, habillé de cette chemise, comme il est, d’ailleurs, censé le préciser – couleur en moins – au chapitre I de son ouvrage « When they kill a president » : « une chemise de travail à manches longues » (« a long sleeved work shirt »). Et les témoignages ultérieurs de personnes l’ayant vu y monter, habillé d’un tee-shirt blanc, pourraient n’avoir eu d’autre but que de nuire au témoignage de Craig (hypothèse néanmoins gênée par le fait que la commission Warren n’a pas donné suite aux témoignages de Marvin Robinson et Roy Cooper, recueillis par le FBI dès le 23 novembre 1963… qui est aussi, rappelons-le, la date d’un procès-verbal discutable dressé par le FBI, selon lequel Craig aurait vu un Rambler blanc, et non vert clair… au demeurant, dans leurs témoignages du 23, Robinson et Cooper parlant simplement d’un Rambler de couleur claire). Du reste, précisons qu’Oswald pourrait avoir porté sa chemise – outre de façon normale ou, comme nous l’avons dit, entièrement déboutonnée et pendante – en écharpe ou en bandoulière, compliquant ainsi le relevé exact de son habillement, en un court laps de temps.

 

Oswald avait-il rendez-vous au Texas Theatre, dans le cadre d’un guet-apens visant à l’éliminer ?

S’il est possible, pour justifier une réponse positive à cette question, d’avancer les témoignages de Burroughs et Davis faisant état d’un Oswald changeant fréquemment de place dans la salle, en s’asseyant, à chaque fois, à côté d’une personne, comme s’il cherchait à entrer en contact avec elle ou à se faire remarquer de quelqu’un dans la salle, ou encore faisant l’aller-retour entre la salle et le hall d’entrée, dans le même but, il reste que, si Oswald pouvait facilement être pris dans la souricière du Theatre, au moyen d’un faux rendez-vous qui lui y aurait été fixé, pourquoi son sosie aurait-il dû s’ingénier à entraîner dans ce même Theatre les policiers lancés dans une chasse à l’homme, même si l’on admet que certains d’entre eux n’étaient pas membres du complot et devaient donc être guidés vers le lieu où se trouvait Oswald ? Du reste, il convient sans doute d’écarter l’hypothèse qu’il eût été prévu que ces policiers non-comploteurs soient – au moins pour une partie d’entre eux – égarés sur la fausse piste d’Adrian D. Hamby, cet employé d’une bibliothèque située à l’intersection de Marsalis Avenue et Jefferson Boulevard, qui fut signalé comme suspect du meurtre de Tippit et fut la cause de l’attroupement d’au moins une vingtaine de policiers autour de la bibliothèque, entre le meurtre du policier et l’arrestation d’Oswald, épisode qui semble bien avoir relevé d’une authentique méprise (cf. Myers, « With malice », ch. 6). Une équipe de policiers comploteurs très réduite n’aurait-elle pas, au contraire, suffi à refermer la souricière sur Oswald, dans le bâtiment du Theatre ? On pourra certes objecter : 1) que c’est parce que les policiers étaient tous ignorants du complot, qu’il fallait les guider jusqu’au Theatre, où ils n’avaient plus qu’à abattre celui qui était censé s’y être réfugié, après avoir tué l'un des leurs, peut-être bien, d’ailleurs, à la faveur du fait qu'il allait se servir d’une arme défectueuse, inoffensive, que lui aurait eu remise Ruby (arme que, pour autant, il pourrait avoir eu testée, quelque part depuis Elm Street, quitte à avoir risqué d’attirer l’attention sur lui) ; 2) que l’entrée précipitée du sosie, simulant la fuite, était une façon d’assurer le maximum de vraisemblance à l’intervention hâtive et décisive de policiers, qu’ils aient été ou non comploteurs, dans l’enceinte du Theatre. Mais, alors, dans les deux cas, il reste encore la question suivante : pourquoi Oswald n’y a-t-il pas été tué ? N’est-ce pas, précisément, parce que, comme nous l’avons dit, il avait su prendre ses précautions : 1) d’une part, en demeurant, parfaitement calme, à sa place (du moins, dès l’instant où le policier Maurice McDonald commence son inspection de la salle, puisque, selon le témoignage du marchand de chaussures, J. C. Brewer, devant la commission Warren, au moment où les lumières se sont allumées, il se serait brusquement levé et déplacé de quelques sièges, avant de revenir sur ses pas et de se rasseoir), sans dégainer son arme, jusqu’à ce que McDonald vienne à sa hauteur et s’adresse à lui ; le policier s’avance vers lui, de manière étrange : après que Brewer lui a désigné, depuis la scène, Oswald, assis dans la partie centrale de la salle, au troisième rang partant du fond, il commence par procéder au contrôle d’identité des spectateurs situés avant lui, tout en le surveillant, par-dessus l’épaule, comme s’il l’incitait à avoir une réaction défensive ; puis, au moment de le contrôler, si l’on en croit le policier, il s’en serait ensuivi une bagarre commencée par Oswald, lors de laquelle celui-ci aurait cherché à utiliser son revolver, dont le barillet ou le chien aurait même produit un claquement, comme si la pression de la détente n'avait pas été suffisante pour entraîner l’action du percuteur, peut-être à la faveur du fait que McDonald avait enserré de sa main le barillet et placé la peau de l’entre-deux de son pouce et de son index, entre le percuteur et la cartouche, comme il le prétend ; 2) et, d’autre part, en s’étant placé à proximité d’autres spectateurs, afin d’éviter d’être une cible facile (spectateurs peu nombreux dans la salle – Julia Postal affirmant avoir vendu, ce jour-là, 24 billets d’entrée, sur les 900 places dont disposait la salle – et dispersés, ce qui pourrait avoir justifié son changement de place fréquent, notamment au gré de son habituation visuelle progressive à la pénombre) ; et s’il sort, au moins une fois, dans le hall, avant de revenir dans la salle, n’est-ce pas parce que, dans un moment de doute, il essaie de trouver une meilleure solution, eu égard notamment à la densité insuffisante du public dans la salle ? Il reste, en effet, à déterminer si les changements de place ont pu être justifiés par la recherche d’un contact prévu ? Si cela avait été le cas, Oswald n’aurait-il pas dû disposer, d’avance, des coordonnées du siège de celui-ci – même approximatives, en prévision du cas où le siège aurait été occupé par quelqu’un d’autre, avant l’arrivée du contact ? Et, par ailleurs, étant donné que la dernière personne près de laquelle il s’assoit est une femme, laquelle a ensuite quitté son siège pour sortir de la salle, pouvant ainsi aller livrer l’information de la présence d’Oswald dans la salle, pourquoi toutes les personnes près desquelles celui-ci était allé auparavant s’asseoir étaient-ils des hommes, alors qu’il aurait dû vraisemblablement disposer, d’avance, de l’information selon laquelle le contact était soit masculin, soit féminin ? Si la pénombre pouvait l’empêcher de voir, de loin, s’il s’agissait d’un homme ou d’une femme, une fois rapproché de la personne, et avant même de s’asseoir, il lui était certainement possible de le voir et donc de passer son chemin jusqu’à atteindre une personne du sexe féminin. Par contre, étant donné que la personne près de laquelle il s’assoit, pour la dernière fois, et près de laquelle il semble avoir été, cette fois, disposé à demeurer – il reste, près d’elle, environ dix minutes, avant qu’elle ne se lève et quitte la salle – était une femme, qui plus est une femme enceinte, il pourrait avoir estimé avoir enfin atteint une place pouvant dissuader un policier de tirer dans sa direction (On pourra, d’ailleurs, faire le rapprochement avec Carolyn Arnold, le témoin de sa présence dans la salle à manger du TSBD, dans le dernier quart d’heure avant l’assassinat du Président, et qui elle-même était enceinte, raison pour laquelle, peut-être, son témoignage, pourtant on ne peut plus gênant pour la version officielle, ne semble avoir été à l’origine d’aucun mauvais traitement à son égard, autre que celui de falsifier ses déclarations faites au FBI, ce qu’elle apprendra, bien plus tard). L’argument selon lequel cette femme enceinte n’avait a priori rien à faire dans une salle où était projeté un film de guerre – ce qui la rendrait suspecte – est caduc, dans la mesure où elle quitte la salle, environ dix minutes après la fin de la projection du générique, comme si elle avait soudain pris conscience de son erreur. Si Oswald peut donc paraître avoir pris toutes ses précautions pour éviter d’être tué, dans la foulée de Tippit, pour autant, on pourra aussi se demander pourquoi il n’a pas été tué, juste après avoir été arrêté ? Outre que la raison peut en être qu’il n’y aurait pas eu que des policiers comploteurs dans l’enceinte du Theatre (les non comploteurs pouvant donc ensuite témoigner de ce qu’ils avaient vu), il semble y avoir eu une véritable confusion entre Oswald et son sosie, comme en attestent deux rapports de police mentionnant l’arrestation du suspect du meurtre de Tippit – que l’un d’eux nomme même « Oswald » – au balcon, là même où se trouvait le faux Oswald (cf. Douglass, « JFK et l’indicible, p. 392), et le témoignage (néanmoins douteux) de Bernard Haire, selon lequel, au moment de sa sortie du Theatre, par l’arrière, escorté par des policiers, celui du balcon « paraissait tout rouge, comme s’il s’était battu » (ibid. p. 391). Cette confusion pourrait, d’ailleurs, signifier que la présence du sosie au Theatre n’avait rien de prévu (comme nous ne le supposons, depuis le début), même si l’attitude de retenue du vrai Oswald a pu finalement être pour beaucoup dans cette confusion... en l’étant, du même coup, doublement pour beaucoup, dans sa propre survie.

Il reste cependant le témoignage de George J. Applin, un client du Texas Theatre, qui soutient avoir vu Jack Ruby assis au fond de la salle de spectacle, très peu de temps avant 13 h. 50, alors que lui-même était allé s’asseoir à côté de lui. Applin venait de quitter son siège, situé au sixième rang partant du fond, pour s’éloigner des policiers qui venaient de faire irruption, arme au poing, par l’avant de la salle. Il craignait le déclenchement d’une fusillade, ce dont il a, d’ailleurs, fait part à son nouveau voisin, qui n’en fut aucunement perturbé et qui n’entendait manifestement rien perdre du spectacle qui se déroulait devant eux. Ruby pouvait-il être le contact d’Oswald au Theatre ? La réponse ne peut qu’être négative, si l’on tient compte du fait que, dès son arrivée dans la salle, vers 13 h. 15, Oswald aurait cherché à se faire remarquer de son contact, par ses changements de place fréquents, alors que Ruby n’est pas là, puisqu’il ne peut y avoir été présent qu’à partir d’environ 13 h. 45, c’est-à-dire après son passage à l’hôpital Parkland (où Kennedy était hospitalisé), où il a été clairement reconnu par le journaliste Seth Kantor, au moment où il engageait la conversation avec lui, dans les toutes dernières minutes avant 13 h. 30 (heure du début de la conférence de l’attaché de presse de la Maison Blanche), et, vraisemblablement quelques minutes auparavant, par Wilma Mae Tice (cf. WCHE, vol. XX, p. 429-432, et vol. XV, 388-396, et Douglass, ibid., p. 464-466 et note 822, p. 644) (la durée du trajet entre l’hôpital et le Theatre, par fort trafic routier et en respectant les limitations de vitesse, n’ayant dépassé, dans aucun des tests effectués par Golz, 12 minutes – cf. Earl Golz, « Man believes he saw Ruby at scene of Oswald’s arrest », The Dallas Morning News du 11 mars 1979), passage à l’hôpital qu’il n’aurait certainement pas effectué, s’il avait eu un rendez-vous urgent et vraisemblablement prioritaire au Texas Theatre. Au demeurant, un premier passage au Theatre, vers 13 h. 15 – où Oswald peut être déjà présent, comme nous l’avons vu – passage qui lui aurait laissé le temps d’aller ensuite à l’hôpital, d’y demeurer environ 6 minutes, avant de revenir au Theatre, est rendu impossible, d’une part, par les témoignages de Kantor et Tice, qui laissent clairement deviner une durée de présence à l’hôpital ayant largement dépassé les 6 minutes, et ayant eu lieu, pour la plus grande part, avant 13 h. 30, et, d’autre part, par le fait qu’Oswald effectue un nouveau changement de place, après 13 h. 15, ce qui ne pourrait qu’être la preuve qu’il n’a pas rencontré Ruby. Ce dernier pouvait-il alors être présent dans la salle du Theatre pour simplement, de façon quelque peu non indispensable, superviser le rendez-vous, quitte à ce qu’il ne se fût agi que d’un faux rendez-vous, lors duquel Oswald n’allait pas rencontrer le contact qui lui avait été promis, autrement dit quitte à ce qu’il ne se fût agi, pour Ruby, que de superviser l’élimination d’Oswald, à l’endroit même où elle avait été prévue d’avoir lieu ? Force est d’admettre que les raisons qui infirment qu’il était le contact d’Oswald sont les mêmes qui infirment son rôle de superviseur. Sa présence au Texas Theatre, vers 13 h. 45, s’explique donc vraisemblablement par le fait que, à l’instar du faux Oswald et des policiers, il vient d’être informé de la présence d’Oswald à cet endroit. De même que le sosie arrive relativement tard dans la salle – vers 13 h. 35 – Ruby y arrive tard, lui aussi, qui plus est, tous les deux y arrivent, dans un intervalle de dix minutes.

 

Y avait-il un fusil Mauser, au 5ème étage ou sur le toit ?

Le HSCA a fait procéder à une analyse approfondie de toutes les photographies de l’arme présentée officiellement comme étant celle du tueur, prises depuis sa découverte au 5ème étage du TSBD jusqu’à ses différentes expertises par la police de Dallas puis par le FBI et, de nouveau, par la police de Dallas, pour en arriver à la conclusion qu’il s’agissait : 1) d’une seule et même arme, 2) d’un Mannlicher-Carcano M91/38... et même, 3) par comparaison avec d’anciennes photos montrant Oswald brandissant son arme, du fusil appartenant à ce dernier – photos dont, lors d’un interrogatoire, l’après-midi du 23, Oswald a contesté l’authenticité, en entamant une démonstration qu’il s’agissait de montages, ce que confirmeront, plus tard, de nombreux experts (cf. HSCA Report, Appendix, vol. VI, p. 63-107, Rapport d’enquête du capitaine Fritz, et R. Groden, « The killing of a president », p. 122 et 168-171). En déclarant – lors de son interview par Ted Gandolfo, enregistrée en 1974 et diffusée, à la télévision, deux ans plus tard, dans l’année suivant sa mort – que la mention « Mauser » était « gravée directement sur le canon du fusil » (« stamped right on the barrel [of the rifle] »), fusil découvert, selon lui, à 13 h. 06, au 5ème étage, et que c’est notamment cette mention qui permit à Seymour Weitzman d’identifier, sur-le-champ, l’arme comme un Mauser, à l’instant de pointer, bien à la vue de tout le monde (essentiellement lui-même et Fritz, qui étaient à côté de lui), « l’estampe ″7.65 Mauser″ » sur le canon », Roger Craig pourrait s’être laissé aller à extrapoler et à bluffer, comme tendrait à le prouver le fait qu’il n’avait jamais produit publiquement un tel témoignage, auparavant. Il aurait pu ainsi chercher à compenser les lourdes pressions qu’il avait subies et continuait de subir. Qui plus est, comme le pensent Walter Graf et Richard Bartholomew, il pourrait l’avoir fait en s’étant fait piéger à reprendre une fausse information qu’auraient diffusée les comploteurs, afin que l’ensemble de son témoignage en fût discrédité et afin que l’erreur pût retomber sur le seul Weitzman, qui n’était qu’un expert rattaché au bureau du shérif, et qui, au demeurant, devant la commission Warren, n’avait aucunement exprimé avoir été l’acteur décisif de l’identification du fusil. Autre hypothèse : Craig aurait pu chercher à saper ponctuellement sa propre crédibilité, pour se protéger (Selon des proches, dont son fils, il est bien mort assassiné, et non suicidé, comme le veut la version officielle). En effet, selon le chercheur Chris Mills et le conservateur de la salle des modèles de la British Royal Ordnance Factory, aucun fusil ne porte la marque Mauser gravée, hormis des modèles produits pour l’Argentine et le Chili, celui produit pour l’Argentine présentant, en outre, une grande similitude avec le Mannlicher-Carcano (nonobstant que la gravure ne figure pas sur le canon, comme se serait trompé à le dire Craig, mais sur le magasin – « receiver » – qu’il est, néanmoins, facile de prendre pour une partie du canon, magasin sur lequel, au demeurant, était ordinairement montée la lunette de visée, telle qu’en était équipé le modèle trouvée au 5ème étage, lunette qui ne pouvait donc qu’avoir rendu invisible la gravure, au moment de la découverte de l’arme, personne n’ayant précisé que la lunette fût trouvée démontée ou qu’elle fût démonter, sur-le-champ) ; qui plus est, sur tous ces modèles sud-américains, l’estampe ne mentionne pas le calibre, qui, cependant, peut y avoir été ajouté après sortie d’usine, notamment à destination de la revente sur le marché étasunien (cf. « The gun that didn’t smoke », part 2, section 2, et Gil Jesus, dans la discussion « Sgt Gerald Hill & the rifle « made in Argentina », sur The education forum). En identifiant, d’emblée, le fusil comme étant un Mauser 7.65, les premiers enquêteurs – notamment le shérif-adjoint Boone et le policier Weitzman (cf. rapport au shérif du premier du 22 novembre et procès-verbal du second par le bureau du shérif du 23) – pourraient avoir été trompés par la similitude entre les deux types d’arme, le Mannlicher-Carcano reprenant notamment le mécanisme d’approvisionnement et de rechargement du Mauser, fusil, au demeurant, beaucoup plus répandu que lui. Il reste, pourtant, que, lors d’une interview accordée à une radio californienne, le jour-même de l’assassinat, le sergent Gerald Hill affirme : « on m’a dit, et je ne peux, de toute façon, le vérifier – c’était un officier [qui le disait] – qu’il [le fusil] était fabriqué en Argentine » (WCD 1210, p. 5)… déclaration d’autant plus étonnante que le Mannlicher-Carcano attribué au tireur de la fenêtre sud-est était clairement estampillé « Made Italy »… Gerald Hill, que rend suspect son omniprésence sur tous les lieux cruciaux des assassinats de Kennedy et Tippit, l’après-midi du 22, préparait-il déjà la transition de l’enregistrement d’un Mauser vers celui d’un Mannlicher-Carcano ? Pour autant, à partir d’un court-métrage filmé, le 22, vers 13 h., par Ernest Charles Mentesana, montrant un policier descendre, depuis le toit, l’escalier d’incendie du TSBD, en tenant dans les mains un fusil à canon long, certains ont prétendu soit qu’il évacuait un Mauser découvert au 5ème étage ou sur le toit, après qu’on lui eût substitué un Mannlicher-Carcano, soit, plus simplement, qu’il évacuait l’un des deux fusils qui auraient été découverts, au même endroit, en l’occurrence toujours un Mauser... un fusil qui, pourtant, ne ressemble pas plus à un Mauser qu’à un Mannlicher-Carcano, mais plutôt à un vulgaire fusil de chasse, dont certains policiers étaient équipés, et dont rien ne permet de douter qu’il n’était justement pas l’arme de service du policier en question ou celui d’un autre policier (Précisons que ni Baker ni Truly ne disent avoir vu un fusil sur le toit, qu’ils assurent pourtant avoir pris le temps de bien inspecter, et à propos duquel Baker affirme que la largeur de son parapet rendait impossible d’y effectuer un tir en direction de la voiture présidentielle). Craig pourrait avoir extrapolé la confusion commise par les premiers enquêteurs habilités à faire valoir prioritairement leur expertise, alors qu’il ne l’aurait pas identifiée pour ce qu’elle était. Au demeurant, dans son interview croisée avec son soutien Penn Jones, en 1968, il affirme ne pas connaître le nom du fusil trouvé au 5ème étage, en se contentant d’en parler comme d’un « fusil fabriqué à l’étranger » muni d’un chargeur par le bas et d’une lunette, avant d’ajouter qu’ « il y avait un autre fusil, un Mauser, trouvé sur le toit du Dépôt, cet après-midi-là », ce sur quoi Penn Jones lui emboîte le pas, en rapportant une déclaration faite à un journaliste par le capitaine Glen King, officier de relation publique de la police de Dallas et futur successeur de Jesse Curry, à la tête de cette dernière : « le Mauser trouvé sur le toit fut un peu de confusion momentanée », déclaration assez sibylline, dans la mesure où l’on pourra, à la rigueur, se demander si c’est la confusion qui fit croire qu’un Mauser avait été trouvé sur le toit ou si c’est la découverte d’un Mauser qui créa la confusion, et, du reste, selon la seconde interprétation (la plus vraisemblable), déclaration problématique, dans la mesure où Baker et Truly disent n’avoir pas vu d’arme sur le toit, et donc dans la mesure où il aurait suffi de défendre l’idée d’une simple méprise sur le seul et unique fusil à avoir été censément trouvé, un Mannlicher-Carcano… Le Mannlicher-Carcano n’a été déclaré officiellement avoir été le (seul) fusil trouvé au 5ème étage que dans l’après-midi du 23, quelques heures après que, lors d’une conférence de presse, le procureur Henry Wade eut encore parlé de Mauser (cf. WCHE, vol. 24, p. 831)… et deux jours avant qu’une note du renseignement militaire italien fournie à la CIA et déclassifiée en 1976, n’indique que l’arme découverte au 5ème étage était à désigner sobrement comme Modèle 91 de calibre 7.35, produit en 1938, en Italie (des calibre 6.5 ayant été produits, par la suite, en très grand nombre, sous la même désignation M91/38), mais indûment qualifié de Mannlicher-Carcano par la presse, cette marque n’ayant, en fait, jamais existée (Carcano indiquant le nom du concepteur et producteur, et Mannlicher étant censé indiquer le type de verrou, pourtant plus proche du verrou allemand Mauser que du verrou autrichien Mannlicher), désignation par une marque qui pourrait avoir été adoptée, car pratique (au passage, on ne s’étonnera donc pas que, dans les premières heures, une chaîne de télévision et une autre de radio aient parlé d’un British Enfield .303, autre fusil à n’être pas sans offrir, quoique de façon moindre, un aspect similaire au M91/38) (cf. Graf & Bartholomew, ibid., et Marrs, ibid., p. 418-421). À propos de l’intervalle entre sa découverte et sa désignation comme Mauser, d’une part, et, d’autre part, sa désignation comme Mannlicher-Carcano, Jesse Curry, directeur de la police de Dallas au moment des faits, estime, dans une interview accordée en 1976, qu’il a rendu « plus que possible » une substitution du fusil, du fait de manquements à sa sécurisation… Où l’on se remet à penser au témoignage de Hill… et à celui ultime de Craig… de même qu’à la réalité et/ou identité du fusil qu’est censé avoir commandé et possédé Oswald, et dont on rappellera qu’il était censément de calibre 6.5.

 

 

 

 

Article précédent Article suivant
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :