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Sur la base de sources publiques, retour sur des affaires restées énigmatiques.

L'ASSASSINAT DE JOHN FITZGERALD KENNEDY (IV)

 

2) Emploi du temps d’Oswald (et accessoirement d'autres employés du TSBD, de Tippit, du faux Oswald et de Ruby) :

 

A partir de nos considérations précédentes, il est possible de déduire l’emploi du temps d’Oswald, tout en l’étayant d’informations et de remarques complémentaires :

11 h. 50 : Depuis le 5ème étage où il travaillait, Oswald descend, par l’ascenseur ouest, au rez-de-chaussée. Avant de descendre au sous-sol ou de gagner les docks, pour y prendre son fusil et/ou pour donner le signal aux tireurs de monter au dernier étage, il tient à faire remarquer sa présence et à prendre la mesure de la situation, au rez-de-chaussée : nombre, localisation et attitude (notamment relativement à la porte de l’escalier donnant dans le sous-sol ou à celle donnant sur les docks et à celles des ascenseurs) des personnes qui s’y trouvent, quantité et intensité de l’affluence des employés sur le trottoir d’Elm Street. Il s’arrête, quelques minutes, dans la salle des dominos, peut-être pour y surveiller, par l’une des fenêtres, les docks et l’entrée arrière – salle des dominos, où, selon sa première déclaration au FBI, Givens affirme l’avoir vu, vers 11 h. 50, occupé à lire un journal, et où, lors d’un interrogatoire dirigé par le capitaine Fritz, le matin du 23 novembre, Oswald lui-même laisse entendre qu’il se trouvait, affirmant avoir été présent au rez-de-chaussée pour déjeuner, et y avoir rencontré Jarman (qu’il désigne par le simple surnom habituel de « junior », qui permettait de le distinguer de son père entièrement homonyme qui était lui aussi un employé du TSBD) et un autre Noir, de petite taille – probablement Norman, dans la mesure où, les yeux fixés sur un journal, il pourrait n’avoir pas vu Givens, qui, du reste, à la différence de Norman, était de grande taille (1,94 m.) et qui, avant de déjeuner hors du TSBD, qui plus est, après l’attentat, pourrait n’avoir fait qu’un passage éclair dans cette salle, ce dont Oswald aurait même pu ne pas se souvenir ; lesquels Jarman et Norman confirmeront avoir commencé leur repas (bien des années plus tard, devant le HSCA, Jarman contestera néanmoins avoir déjeuné, ce jour-là), dans la salle des dominos, vers 11 h. 55, avant que Jarman ne fasse un aller-retour au 1er étage pour se procurer une boisson, et que tous deux ne terminent leur repas, en déambulant entre la salle des dominos et la porte de sortie donnant sur Elm Street, qu’ils franchiront vers 12 h. 10, Norman avouant, par ailleurs, avoir vu quelqu’un présent dans la salle des dominos, mais en prétendant ne pas pouvoir se souvenir de qui il s’agissait : il pourrait bien s’être agi d’Oswald, Dougherty ayant pu n’y être présent, pour déjeuner, qu’à partir de 12 h. 05.

12 h. 00 : Bonnie Williams monte du rez-de-chaussée au 5ème étage, par l’ascenseur est, pour y déjeuner. Y déjeune, seul (A moins qu’il ne monte, avec Jarman et Norman, au 4ème, comme il l’avait déclaré, au bureau du shérif, le jour même, et comme le dira Norman, devant le HSCA – cf. infra).

12 h. 05 : Oswald monte au 6ème étage, par ascenseur, depuis le sous-sol ou le rez-de-chaussée, avec les deux tireurs, voire après eux.

12 h. 10 : Jarman Jr. et Norman (avec peut-être Williams – cf. supra et infra) quittent Elm Street, montent au 4ème étage, par l’ascenseur ouest (ou est), et s’installent aux fenêtres donnant sur Elm Street.

12 h. 14 : Williams quitte le 5ème étage, par l’ascenseur est (ou – à une heure antérieure, puisqu’au terme de seulement trois minutes de présence à l'étage – par les escaliers, comme il l’avait déclaré au FBI, le lendemain), pour rejoindre Jarman et Norman (Il est néanmoins possible que le récit de son déjeuner pris à l’étage fait à la commission Warren, et même celui de sa brève visite fait au FBI, tous deux précisant qu’il n’y avait personne à l’étage, le premier suggérant, en outre, que le « nid du tireur » était déjà bâti, aient eu pour finalité de contrecarrer des témoignages comme celui d’Arnold Rowland, disant avoir aperçu plusieurs hommes, à cet étage, depuis Houston Street, à ce moment-là, et celui de Carolyn Arnold, disant avoir vu Oswald au 1er étage, après 12 h. 15, autant de témoignages qui pouvaient commencer à faire leur chemin ou risquaient de le faire, dans une partie du public, et qui pouvaient donc nécessiter que soient mis en avant d’autres témoignages – comme celui de Williams et de Givens – quitte à ce qu’ils fussent faux, attestant ou suggérant, outre l’action d’un tireur solitaire, que le « nid du tireur » existait déjà, à cette heure, et qu’une main d’œuvre, nombreuse ou non, n’y était donc pas nécessaire. Mais, d’un autre côté, si le témoignage de Williams en question est vrai – étant vraisemblable qu’il eût omis de mentionner, le 22, sa présence au 5ème, par crainte d’être suspecté – pourquoi Norman, devant le HSCA, soit à une époque où le témoignage de Carolyn Arnold monte en intensité, aurait-il cherché à corroborer le premier témoignage de Williams, sinon pour rendre possible qu’Oswald ait été à bâtir son « nid », entre sa présence au rez-de-chaussée avant et aux alentours de midi, attestée par Shelley et Piper et même – dans un premier temps – par Givens, et son aller-retour au 1er étage depuis le 5ème, aller pour rencontrer Arnold et retour pour tirer ?). Les tireurs prennent immédiatement la place de Williams, à moins qu’il ne soit parti, avant leur arrivée (Ou encore ils s’installent, là où Williams n’a jamais été présent). Oswald prend son poste de surveillance dans et autour des escaliers reliant le 5ème au 4ème.

12 h. 22 : Sans avoir vraiment conscience de s’écarter du plan prévu et, en tout cas, de porter préjudice à l’action du groupe auquel il appartient, mais cherchant à se protéger, Oswald descend, seul, au 1er étage, par les escaliers, et prend place dans la salle à manger. Carolyn Arnold, qui vient de quitter son bureau de secrétaire du vice-directeur de l’établissement, situé au premier étage, pour rejoindre le devant du bâtiment, qu’elle atteint vers 12 h. 25, fait une halte dans cette salle, pour boire un verre d’eau, et l’y voit assis, seul, « semblant être en train de prendre son déjeuner » (« appeared to be having lunch ») ; déclaration faite, lors de deux interviews, aux journalistes Earl Golz et Anthony Summers, en 1978 – année où le HSCA sollicite de nouveaux témoignages – et visant à corriger les procès-verbaux de ses deux auditions par le FBI du 26 novembre 1963 et du 18 mars 1964, que, jusque-là, il ne lui avait jamais été donné de relire pour approbation et qu’elle estime très infidèles à ses déclarations originelles, et quoique, d’ailleurs, ils auraient dû conduire à son audition par la commission Warren, par laquelle elle ne fut même pas convoquée – il y est, en effet, question d’une rencontre, vers 12 h. 15, derrière la porte de l’entrée principale du TSBD, dans le vestibule (hallway), de quelqu’un qui lui semble avoir été Oswald, rencontre dont le second procès-verbal ne fait plus mention, lui substituant sa simple sortie du TSBD, vers 12 h. 25 ; heure qui peut paraître tardive – le passage du cortège sur Elm Street ayant été officiellement prévu pour 12 h. 25 – et qui pourrait s’expliquer par le fait qu’elle aurait été mise au courant du retard, par exemple par Mrs Reid, qui travaillait au même étage qu’elle et qui, devant la commission Warren, déclare que, avant de déjeuner, elle a téléphoné à son mari, et que celui-ci lui a parlé d’ « environ dix minutes de retard »… Mrs Reid qui, en outre, déclare, assez étonnamment, avoir quitté la salle de déjeuner « aux alentours de 12 h. 30 quelque-part par-là » (« I think around 12 : 30 somewhere along in there »).

12 h. 25 : Dougherty quitte la salle des dominos et monte au 5ème étage, par l’ascenseur ouest, y prend quelques livres et y constate la présence d’inconnus, puis redescend au 4ème.

12 h. 30 : Victoria Adams et Sandra Styles quittent leur bureau, au 3ème étage, descendent au rez-de-chaussée, par les escaliers, où elles ne voient ni n’entendent personne d’autre les emprunter, puis sortent du bâtiment par les docks.

12 h. 30 : Dorothy Garner sort de son bureau, sur les pas d’Adams et Styles, mais reste, dans l'expectative, à l’étage, dans la salle d’entrepôt, avant de se diriger vers une fenêtre donnant sur le Grassy Knoll et d'y être rejointe par des collègues. 

12 h. 31 min. 30 sec. : au 1er étage, dans la salle à manger, Oswald, en chemise brune à manches longues, rencontre Baker et Truly. Le calme et la quasi-indifférence que, de leur propre aveu, il leur manifeste témoignent de sa présence à cet endroit depuis déjà un certain temps, de son caractère introverti et de son apprentissage en matière de dissimulation acquis lors de ses engagements dans des services de renseignement (Cette description d’Oswald faite par Baker et Truly tend à prouver que cette rencontre a bien eu lieu, car, dans l’optique de la version officielle, leur mensonge aurait dû consister ou bien à parler d’un Oswald essoufflé et stressé, du fait d’avoir traversé tout le 5ème étage, caché son arme et dévalé les escaliers jusqu’au 1er, le tout en moins d’une minute trente – ce qu’il n’a, du reste, pu faire que d’extrême justesse, comme l’ont établi des reconstitutions, et non sans stress que ne pouvait qu’accroitre le fait d’avoir conscience d’avoir tiré sur le chef de l’Etat – ou bien à n’en faire aucune description précise… à moins que leur description n’ait été un subterfuge particulièrement sophistiqué visant à détourner l’attention du fait que la rencontre en question n’avait pas eu lieu et qu’avait, par contre, eu lieu une autre rencontre, un peu plus haut, avec quelqu’un d’autre qu’Oswald – rencontre dont nous avons parlé, p. I, et dont nous reparlerons, p. VIII et XIII – l’attitude étonnante de ce dernier, telle que décrite, devant alors retenir l’attention et la critique et avoir paradoxalement pour effet de rendre vraisemblable la rencontre… puisque invraisemblable l’hypothèse du mensonge). Baker et Truly continuent ensuite leur ascension, par les escaliers, jusqu’au 4ème, puis par l’ascenseur est, jusqu’au 6ème. Immédiatement après leur passage, Oswald enlève sa chemise, pour déjouer son éventuel signalement vestimentaire.

12 h. 32 : les tireurs quittent le 5ème étage, par les escaliers, jusqu’au 4ème, puis par l’ascenseur ouest, jusqu’au rez-de-chaussée (voire par l’ascenseur, dès le 5ème, ascenseur qu’il leur suffisait d’appeler, si, en descendant par les escaliers, juste auparavant, Oswald avait veillé à ce que sa porte soit fermée), enfin quittent les lieux par les docks et le nord de Houston Street.

12 h. 33 : au 1er étage, à l’entrée de la salle des bureaux des secrétaires, Oswald, en tee-shirt blanc, rencontre Mrs Reid, qui revient d’Elm Street (un doute subsistant, néanmoins, quant à savoir quand exactement leur rencontre a eu lieu – cf. p. XIII) ; puis il descend au rez-de-chaussée, par les escaliers sud-est, sans avoir revêtu sa chemise (qu’il laisse peut-être derrière lui).

12 h. 34 (12 h. 42 ?) : « environ 12 h. 33 » (« about 12 : 33 ») – soit, plus vraisemblablement, 12 h. 34 – est l’heure probable officielle de la sortie d’Oswald du bâtiment, par la porte principale (cf. WCR, p. 156). Mais, étant donné que, lors de son premier interrogatoire effectué par Will Fritz et l’agent du FBI James Bookhout, il a affirmé être sorti, avec l’accord de Bill Shelley qui venait de déclarer qu’il n’y aurait pas de travail pour les employés du TSBD dans l’après-midi (cf. rapport du FBI du 25 novembre), et que, d’autre part, ce dernier n’est pas entré dans le bâtiment, immédiatement après les tirs, mais après l’avoir contourné, par l’ouest, en compagnie de Lovelady, pour finalement y entrer, quelques minutes plus tard, par une porte ouest, se pose la question de savoir à quel moment précis et par quelle issue Oswald a quitté le bâtiment. Question d’autant plus légitime que, lors d’une communication radio, à 12 h. 45, l’inspecteur Sawyer, présent au TSBD, informe ses collègues qu’il ne sait pas si le suspect (dont il vient pourtant de diffuser un signalement compatible avec Oswald – homme blanc svelte d’environ 30 ans et 1,75 m. – une minute plus tôt) se trouve encore dans le bâtiment, ni même, d’ailleurs, s’il s’y est jamais trouvé, exprimant ainsi un doute sur l’origine des tirs (cf. WCHE XXI, p. 399) (voir aussi la communication similaire du capitaine Talbert, à la même heure, p. 392) ; d’autre part, dans une note manuscrite, l’agent du FBI James Hosty, qui participa au premier interrogatoire d’Oswald, remarque qu’il lui semble que ce dernier a quitté le bâtiment vers 12 h. 45. Si l’on opte pour l’heure et surtout l’issue officielles, ne peut qu’être pris en compte ce qu’Oswald est censé avoir déclaré, après son arrestation : au moment de sortir, il est abordé par « un jeune homme aux cheveux en brosse » (« a young crew-cut man ») qui se présente à lui, livret d’identification à l’appui, comme étant un agent du Secret Service et qui lui demande l’endroit du rez-de-chaussée où se trouve un téléphone (déclaration faite, lors de son dernier interrogatoire, le matin du 24, selon le rapport de l'inspecteur du Secret Service, Thomas J. Kelley, daté du 29 – cf. WCR, p. 629 – et non lors de son premier interrogatoire, comme sont censés l’avoir affirmé l’agent Forrest Sorrells et le capitaine Fritz, selon le rapport de l’agent du Secret Service, Roger Warner, daté du 3 février 1964) (Selon les rapports de la commission Warren et du HSCA et selon la journaliste d’investigation Sylvia Maegher, aucun agent du Secret Service n’est demeuré à proximité du TSBD, avant, pendant et immédiatement après les tirs contre le Président, le premier agent à y être entré étant Forrest Sorrells, de retour de l’hôpital Parkland, vers 12 h. 55. Il est donc possible qu’Oswald ait été abordé par un agent du Secret Service qui n’avait pas à se trouver là, alors même que, quant à lui, comme le relève Jim Marrs, il n’avait sans doute ni le temps ni la présence d’esprit – quoique peut-être la prudence de répondre à une demande venant d’un agent de première importance – de s’attarder, comme il est censé l'avoir affirmé lors de son interrogatoire, à lui indiquer le téléphone public payant, qui se trouvait dans la grande salle, notamment jusqu'à sans doute le suivre du regard pour le voir « aller, de fait, au téléphone » (« he saw the man actually go to the phone ») (ibid.) ; autant de détails qui pourraient signifier que son témoignage a été falsifié par l’ajout d’un faux alibi, celui d’un coup de téléphone à donner, alibi devant justifier la présence d’un agent du Secret Service dans le bâtiment, et alors que le prétendu témoin désormais mort – le rapport de Kelley étant postérieur à la mort d’Oswald – n’aurait plus pu le contester – à quoi l’on ajoutera qu’il pourrait s’être agi de l’un des faux agents du Secret Service dont plusieurs témoignages ont indiqué la présence sur Dealey Plaza, ce jour-là : voir notamment ceux du policier D. V. Harkness, qui en rencontra plusieurs, à l’arrière du TSBD, dont il s’apprêtait à bloquer l’issue, de Roger Craig, qui fit la rencontre de l’un d’eux sur les marches frontales du bâtiment, avant d'y entrer, et qu’il identifiera, plus tard, comme étant un homme de la pègre, et des policiers Seymour Weitzman et Joe Marshall Smith, qui, chacun de leur côté, en rencontrèrent un derrière la pergola, dans les minutes après les tirs, comme dirent aussi l’avoir fait Jean Hill et Gordon Arnold, ce dernier avant les tirs, tous témoignages recoupés par celui d’un agent du Secret Service, Abraham Bolden, selon lequel la CIA avait délivré de faux livrets d’identification du Secret Service, à l’époque – cf. « When they kill a president », ch. II, et Douglass, « JFK et l’indicible », p. 308-309 et 356-364 ; hypothèse du faux alibi que pourraient paradoxalement corroborer, en cherchant à l’annuler – lui et, avec lui, la présence de l’agent dans l’enceinte du bâtiment – les témoignages de deux journalistes de la WFAA-TV, Pierce Allman et Terrence Ford, recueillis respectivement les 28 et 29 janvier 1964 par le Secret Service, selon lesquels Allman (qui était âgé de 29 ans et qui avait les cheveux en brosse, à l’instar de plusieurs agents du Secret Service, si l’on en juge aux photos) s’était adressé, dans l’entrée du bâtiment, à un individu, pour lui demander l’usage d’un téléphone, individu que, pour avoir été dans des conditions les ayant empêché de bien l’observer, aucun d’eux ne peut affirmer ou nier avoir été Oswald, comme ils le rediront à la police de Dallas, le 18 février. Selon une déclaration faite à la police de Dallas, le 1er janvier, par James Powell, un agent de l’Army Intelligence qui assistait au défilé, soi-disant en tant que simple particulier, et qui, sept à huit minutes après s’être joint à des inspecteurs dans la zone ferroviaire, entra dans le bâtiment et y rencontra Allman en train de téléphoner, ce téléphone se trouvait dans l’entrée du TSBD – « in the lobby of the building » – endroit dont, pourtant, aucune autre source n’indique qu’il ait été pourvu d’un téléphone, bien qu’une telle localisation soit recoupée par celle de Ford parlant d’ « une pièce directement devant » – « a room directly ahead » – Allman, de son côté, parlant, de façon assez indéfinie et bien compatible avec la grande salle (où se trouvait effectivement un téléphone payant accroché à l’un des piliers), d’ « un espace ouvert au rez-de-chaussée » – « an open area on the first floor » – d’autant plus compatible qu’il fait cette déclaration, juste après avoir déclaré être entré « dans un vestibule » – « into a hallway » – qu’il semble donc bien distinguer de cet « espace » (cf. WCD 354, p. 4-6). Si l’on écarte l’hypothèse de la falsification du témoignage d’Oswald, ce dernier pourrait avoir lui-même menti – nonobstant que le fait d’impliquer un agent officiel, a priori facilement retrouvable, resterait à expliquer – au moins par le détail consistant à l’avoir suivi du regard (tournant le dos au bâtiment, au moment de le quitter, il a dû nécessairement se retourner pour indiquer l’endroit où se trouvait le téléphone, et conserver, pendant quelques secondes, cette position, pour voir l’homme s’y diriger), pour illustrer le fait qu’il n’était pas pressé de sortir, pas en fuite, l’agent en question, qui a dû lui tourner le dos pour se diriger vers le téléphone, n’ayant pas été, désormais, quoi qu’il en fût, en mesure de pouvoir confirmer ou infirmer qu’il l’aurait ainsi suivi ; il reste pourtant encore que, en ce matin du 24 où il est interrogé pour la dernière fois avant ce qui devait être son transfert à la prison du comté, alors qu’il peut avoir le sentiment, sinon la conviction, que les choses s’annoncent décidément très mal pour lui, il pourrait avoir intégralement menti, dans l’espoir d’être mis en relation, par l’intermédiaire ou non d’avocats et, du moins, assurément, par l’intermédiaire de Kelley qui est présent à l’interrogatoire, avec la direction du Secret Service, dont il n’aurait pas douté ou dont il aurait simplement soupçonné l’intégrité, dans l’affaire en cours – intégrité que, au moins pour ce qui est de la section de la sécurité présidentielle, viennent étayer les déclarations faites ultérieurement par son directeur, Roy Kellerman, à des membres de sa famille, qui en ont, par la suite, rapporté l’existence, la profusion et la grande non-conformité avec la version officielle, mais sans rien dire de leur contenu – cf. Marrs, « Crossfire », p. 312 et 314, Douglass, ibid., p. 356 et note 235, p. 605, et « Roy Kellerman » sur Spartacus Educational). Powell, qui était âgé de 24 ans et dont deux documents font penser qu’il avait les cheveux en brosse (une photo le montrant à l’âge de 18 ans et la photo n° 5 d’Altgens, où Richard Gilbride pense l’avoir identifié, posté à l’angle sud-est d’Elm Street et Houston Street – cf. « James Powell redux ») et qui avoue avoir été lui-même à la recherche d’un téléphone dans le bâtiment du TSBD, pour informer son bureau des événements, pourrait-il être celui qui s’est présenté à Oswald, sous une fausse identité d’agent du Secret Service ? (Voir, à ce propos, son interrogatoire par Timothy A. Wray, de l’ARRB, en 1996, qui arrive à lui faire dire qu’il se présentait comme « Special Agent » à ceux qu’il souhaitait aborder dans et autour du TSBD) On comprendrait son intérêt et son empressement à parler d’un téléphone présent dans le vestibule, alors que sa rencontre avec Oswald se serait pourtant faite dans la grande salle, là où, selon la version officielle, Oswald n’est jamais passé, ne s’est jamais trouvé, après avoir effectué ses tirs… grande salle et plus encore rez-de-chaussée où Powell affirme, de façon invraisemblable, que ne s’y trouvait personne d’autre qu’Allman et « un petit homme brun d’environ trente ans » que l’on suppose être le collègue d’Allman, Ford, comme si cette affaire était désormais une affaire arrangée entre lui et les deux journalistes, sans aucun autre témoin possible. L’hypothèse n’impliquerait même pas qu’il n’était pas en mesure de reconnaître Oswald – sur le compte duquel son Groupe de Renseignement Militaire semble avoir été, depuis longtemps, bien renseigné, jusqu’à connaître sa fausse identité d’Alek James Hidell et son ancienne adresse sur Elsbeth Street à Dallas (renseignements qui se trouvaient consignés dans des dossiers militaires qui ont été détruits, avant que le HSCA n’ait pu s’en saisir) (cf. Marrs, ibid., p. 287-289) ; bien plus, on pourrait supposer qu’il s’approche intentionnellement d’Oswald, sous un prétexte, pour pouvoir mieux le reconnaître et pouvoir ensuite téléphoner la nouvelle qu’il est toujours en vie (cf. question/réponse n° 1, p. VII). Il reste qu’un autre témoignage s’ajoute encore aux précédents : celui du journaliste Robert MacNeil. Sa mention lapidaire, par un défenseur du rapport de la commission Warren, William Manchester, dans son ouvrage « The death of a president » (p. 303), paru en 1967, comme étant le témoignage de l’homme ayant demandé un téléphone à Oswald, peut être soupçonnée d’avoir cherché à éluder l’imbroglio des témoignages précédents (témoignages dont l’ouvrage ne fait aucune mention), MacNeil (qui était âgé de 32 ans et qui n’avait pas les cheveux en brosse, comme le montre une photo prise par Frank Cancellare) n’ayant, du reste, jamais été convaincu d’avoir parlé à Oswald. Selon Manchester, qui l’a contacté, en 1965, après avoir lu sa déposition au FBI (cf. infra), le journaliste a passé un appel téléphonique à sa rédaction, depuis le TSBD, à 12 h. 34 (heure que dit avoir retracée Manchester), après avoir demandé l’usage d’un téléphone à Oswald, au moment où celui-ci « quitte le Dépôt par l’entrée avant » (« leaves Depository by front entrance »). Dans sa déposition au FBI du 3 décembre 1963, MacNeil dit avoir passé l’appel, à 12 h. 36 (heure établie par sa rédaction), depuis un bureau contigu à la grande salle du rez-de-chaussée, « au milieu » de laquelle un homme était en train d’utiliser le téléphone payant. Ayant demandé à ce dernier où trouver un téléphone disponible, celui-ci l’avait dirigé vers un autre homme se trouvant dans la salle qui lui avait finalement indiqué le bureau. Dans son ouvrage « The way we were » (p. 196), paru en 1988, MacNeil affirme, cette fois, s’être adressé, « en état de grande agitation », à « un jeune homme », sur les marches d’entrée du TSBD, duquel ce dernier sortait, quand lui-même y entrait. L’homme – dont il a négligé, sur le coup, de bien le regarder – était en « bras de chemise ». En réponse à sa demande de téléphone, cet homme lui « a [alors] indiqué, à l’intérieur, un espace ouvert (pointed inside to an open space) où un autre homme était en train de parler à un téléphone situé près d’un pilier », ce sur quoi, son guide du moment lui dit : « ce serait mieux de lui demander » (« better ask him »). Suivant son conseil, MacNeil courut à l’intérieur de la grande salle vers l’homme au téléphone, qui lui indiqua un bureau, situé sur un côté (côté est, où se trouvaient les seuls bureaux du rez-de-chaussée : ceux de Truly et Shelley) (« I ran inside and asked the second man, who pointed to an office at one side »). Du premier témoignage au plus récent, un maillon de la chaîne qui conduit MacNeil au bureau s’est déplacé temporellement et spatialement : l’un des deux hommes à guider le journaliste n’est plus intermédiaire entre celui au téléphone et le bureau, mais précède le premier et se situe initialement à l’extérieur de la salle et même quasiment à l’extérieur du bâtiment, dont il est en train de franchir l’entrée vers l’extérieur. Le témoignage de 1988 constitue-t-il le témoignage originel qui aurait été partiellement escamoté, à l’époque, ou bien est-il une invention venant altérer le témoignage originel pour tenter de le rendre plus compatible avec les déclarations d’Oswald ? De prime abord, on est porté vers la seconde hypothèse, d’autant plus que l’on soupçonne que MacNeil pourrait s’être complu à avoir été mis en avant par Manchester, dans un ouvrage à succès, jusqu’à n’avoir pas voulu ensuite s’écarter entièrement du rôle qu’il lui y avait conféré. En outre, pourquoi le procès-verbal de la déposition de MacNeil au FBI aurait-il manqué de rapporter intégralement un témoignage plus conforme aux propos d’Oswald, tels que les avaient rapportés les enquêteurs ? Pourtant, outre que Manchester semble se rapporter à un témoignage au contenu similaire à celui de 1988, ce dernier demeure hautement problématique, du point de vue de la version officielle, si l’homme des marches d’entrée était Oswald, puisqu’il implique que cet homme est revenu sur ses pas pour accompagner MacNeil dans la grande salle, du moins pour l’accompagner à l’entrée de celle-ci (pas moins de trois portes ayant été alors à franchir, celle vitrée de l’entrée du bâtiment, et deux portes opaques – l’une double, l’autre simple – séparant le vestibule de la grande salle : trois portes que, pour pouvoir désigner l’homme au téléphone, Oswald ne peut qu’avoir franchies, quitte à être resté dans l’embrasure de la dernière), problème qui expliquerait, d’ailleurs, outre l’escamotage (par ou pour le FBI) d’une partie du témoignage authentique, le fait que Manchester n’ait pas précisé à quel endroit du bâtiment se trouvait le téléphone… et le fait que, dans une interview télévisée, en 2000, MacNeil modifiera, une nouvelle fois, son témoignage, en affirmant que le jeune homme de l’entrée s’est contenté de lui indiquer la double-porte, en lui déclarant : « ce serait mieux que vous demandiez à l’intérieur » (« you better ask inside »), indication qui lui fit gagner la grande salle, où un autre jeune homme, en train de téléphoner près d’un pilier, le dirigea vers un bureau pourvu d’un téléphone ; ultime témoignage qui, pour le coup, peut signifier une véritable complaisance à demeurer dans les limites du rôle assigné par Manchester. Quelle que soit la version du témoignage de MacNeil que l’on retienne, on notera, au passage, que c’est seulement dans la grande salle que s’offrait la possibilité d’obtenir l’usage d’un téléphone ; en quoi, le témoignage d’Allman, cité plus haut, est explicité et étayé. Enfin, on remarquera que, puisque Oswald a déclaré avoir rencontré un agent du Secret Service lui ayant présenté son livret d’identification, le journaliste, qu’il aurait commis l’erreur de prendre pour un tel agent, aurait dû lui avoir présenté sa carte de presse – document que son titulaire n’aurait pas pris soin de nommer, pas plus qu’il ne se serait nommé lui-même et n’aurait nommé sa profession, et document sur la nature duquel Oswald se serait mépris – ce que, pourtant, ni Allman (dont, néanmoins, le rapport du Secret Service précise que son étui de carte de presse était similaire à celui d’un livret d’agent du Secret Service) ni Ford ni MacNeil ne disent avoir fait, Allman précisant même ne l’avoir pas fait. Quoi qu’il en soit de cet épisode du téléphone, une fois sorti du TSBD, Oswald contourne le bâtiment par l’est, à l’affût du véhicule prévu pour le ramasser (Notons que, s’il quitte le bâtiment vers 12 h. 42, il le fait probablement par une porte ouest de l’annexe donnant quasi directement sur le sommet du Grassy Knoll, ou, à la rigueur, par la porte arrière ; une solution moyenne consistant, néanmoins, à le faire sortir, par la porte principale, vers 12 h. 37, et à lui faire contourner le bâtiment par l’est). Ce faisant, il croise un homme ressemblant, et par le physique et par le comportement, à Jack Ruby (Lequel déclare à la commission Warren avoir été présent au siège du Dallas Morning News, situé sur Houston Street, à 300 mètres au sud du TSBD, d'entre 10 h. 30 à 11 h. – heure lui permettant sans doute de dénier ultérieurement avoir été vu par Julia Ann Mercer, vers 11 h., sur le Grassy Knoll, en compagnie d'un homme ressemblant à Oswald, et heure que la commission fixera, quant à elle, entre 11 h. et 11 h. 30 – jusqu'à une heure indéterminée lui permettant de dénier présentement avoir été vu à l'hôpital Parkland par des témoins, soit jusqu'à au moins 13 h. 30, mais alors qu'aucun témoignage d'employés ou de clients du journal ne permet de le situer assurément au siège de ce dernier, entre 12 h. 25 et 12 h. 45, et alors que, devant la commission, l'un d'eux, Richard L. Saunders, lui fait le quitter, vers 13 h. 10 ; en 1986, le témoignage de Wanda Walker, un employé qui affirme s'être retrouvé seul, dans le bureau des annonces publicitaires, avec un Ruby qui lui paraissait alors étrangement soucieux de ne pas être seul, jusqu'au retour d'employés qui venaient d'être témoins des tirs contre le Président, pourrait décrire une scène ayant eu lieu aux alentours de 12 h. 45 – cf. WCR, p. 334-335, Martha A. Moyer and R. F. Gallagher, « Where was Jack Ruby on november 21 and november 22 ? », in The Fourth Decade, vol. IV, n°2, p. 7-18, Marrs, ibid., p. 315-316 et 398, et Douglass, ibid., p. 350-353). La présence de cet homme ressemblant fortement à Ruby devant le bâtiment du TSBD et sur son flanc est, dans les minutes suivant l'attentat, est attestée par plusieurs témoins (Victoria Adams, Avery Davis, Phil Willis, Wes Wise et Mrs Louis Velez, qui tous connaissaient Ruby, de près ou de loin), si ce n’est par la photo n° 8 en couleur prise par Phil Willis (montrant, de profil arrière, tête nue, un homme en costume marron-gris ressemblant à Ruby et se tenant, debout, au sud-est de l'entrée du TSBD, qu'il est en train d'observer – soit dans la ligne d'une trajectoire arrivant du sud de Houston Street – cf. Moyer et Gallagher, ibid., p. 11, et Mark Lane, « L’Amérique fait appel », p. 330-331 – homme que le film de Dave Wiegman, tourné une vingtaine de secondes après les tirs, montre, de profil, marcher parallèlement à la façade du bâtiment). Selon le témoignage de Mrs Velez et de trois de ses collègues d’un atelier de couture situé au Dal-Tex – où les quatre venaient de quitter leur poste pour gagner une fenêtre de l’atelier donnant sur Houston Street (vraisemblablement la fenêtre la plus au sud du 1er étage, où la fameuse photo n° 6 d’Altgens montrent trois femmes penchées au dehors et, par-dessus elles, le bras d’une quatrième personne saluant depuis l’arrière) – l’homme tend un pistolet (« a pistol ») à Oswald (qu’elles connaissaient bien, pour avoir souvent déjeuné, en même temps que lui, dans le même restaurant tout proche) (témoignage recueilli par le FBI, le 30 novembre – cf. WCD 205, p. 451-452). Si c’est le cas (le doute étant justifié par ce qui aurait donc été un manque de discrétion de Ruby, et par le fait que la mère de Mrs Velez, Mrs Lucy Lopez, n’a pas tardé à contester le témoignage de sa fille, en soutenant que celle-ci ne connaissait aucun des deux hommes et qu’elle n’a pas vu de pistolet), et étant donné que, lors de son arrestation, Oswald est censé avoir essayé en vain de se servir du revolver qu’il portait, il pourrait s’être agi d’un revolver modifié pour ne pas fonctionner – revolver que Mrs Velez aurait été suffisamment éloignée de la scène pour le confondre avec un pistolet, n'étant pas non plus exclu qu’elle eût l’habitude d’utiliser le second terme pour désigner indifféremment l’un ou l’autre, au contraire de ce qui est devenu quelque peu la norme, alors qu’originellement un pistolet peut être dit « à barillet » ou « à chargeur », autrement dit peut correspondre à un revolver ou un automatique, comme en témoigne, d’ailleurs – lourdement – le message du sergent Hill que nous citons, plus bas – à moins qu’il ne se fût bien agi d’un pistolet automatique prévu pour compromettre Oswald dans l’assassinat de Tippit (Ayant pu avoir compris ou soupçonné que Ruby lui avait remis une arme à feu de poing pour lui nuire, il pourrait s’en être débarrassé et l’avoir remplacé par son propre revolver qu’il détenait à son domicile, comme nous en rendrons compte, au moment d’aborder le meurtre du policier. Le changement d’arme n’aurait pas été la seule précaution qu'il aurait prise, ce 22 novembre, comme nous l’expliquons, p. IX). Juste après avoir tendu à Oswald l’arme de poing – à moins que ce n’ait été juste avant – Ruby pourrait s’être dirigé vers la pergola bordant le parking, pour vérifier, entre autres, que le Rambler devant transporter Oswald se trouvait bien sur le parking et que le véhicule ne rencontrait pas de difficulté à en sortir (parking où deux breaks Rambler pouvant répondre au signalement de Roger Craig furent photographiés, en noir et blanc, par un reporter, dans les minutes suivant l’attentat). En effet, devant la commission Warren, Jean Hill – qui ne connaissait pas Ruby – déclare avoir vu un homme portant un chapeau et ressemblant à ce dernier – quoique ayant pu être d’un poids et d’une taille moindres que lui – se précipiter depuis le TSBD dans la direction de la pergola, vers 12 h. 33 (peut-être l’homme qu’une photo prise, très peu de temps après les tirs, par Frank Cancellare, montre, en costume et chapeau sombres, courir sur le haut du Grassy Knoll, vers l’extrémité ouest de la palissade, mais qui n’est pas Ruby) (À noter que Ruby portait un chapeau mou, qu’il pouvait, à volonté, mettre sur la tête ou, au contraire, tenir dans les mains et même ranger dans une poche intérieure, pour être moins facilement repérable). N’ayant pas trouvé le véhicule dans Elm Street et ne le trouvant pas non plus dans Houston Street (dernier endroit où il est, d’ailleurs, très probable qu’il avait été prévu qu’il le prenne, tellement, en sa partie nord, il devait être quasi désert et donc propice à un embarquement discret), Oswald va le chercher sur le parking, aperçoit, enfin, du haut du Grassy Knoll, le Nash Rambler qui arrive lentement sur Elm Street, dans la direction du Triple Underpass ; émet un sifflement strident et fait un grand geste de la main, pour appeler le chauffeur (au type latino), puis dévale le Grassy Knoll, avant de monter à bord du véhicule arrêté (témoignage de Roger Craig) (Au chapitre III de son ouvrage « When they kill a president » – en un passage absent de certaines copies du manuscrit original – Craig rapporte une information que lui a fournie le procureur Jim Garrison – lequel, de son côté, étonnamment, aux pages 82 et 83 de son propre ouvrage « JFK, affaire non classée », rapporte que c’est Craig lui-même qui lui a fournie : le chauffeur du Rambler venait d’être arrêté par la police, immédiatement après l’attentat, avant d’être aussitôt relâché, au motif qu’il ne parlait pas l’anglais (!) – ce qui, ajouté à la circulation encombrée, dans le quartier, aux alentours de 12 h. 40, comme l’attestent des photos et des témoignages, a pu être la cause de son retard de plusieurs minutes) (À noter que le chercheur Richard Bartholomew tient pour fidèle au manuscrit original de Craig la copie effectuée et/ou transmise par Walter Graf, qui, à l’instar de celle effectuée par Tom Davis, à laquelle nous nous référons, contient le passage en question, plutôt que celle effectuée et/ou transmise par Michael Murphy, qui ne le contient pas. Il pourrait avoir été difficile à Craig d’observer la scène, puisqu’il met quelques minutes pour se rendre sur le parking, où, du reste, au chapitre I de son ouvrage, il rapporte n’avoir observé de suspect que la présence d’une jeune femme d’une trentaine d’années, au volant d’une Chevrolet brune qu’elle tentait de sortir de l’une des places réservées, pour usage personnel, à des shérif-adjoints, et dont elle avait dû forcément déverrouiller la barrière, au moyen d’une clé ; elle se déclarait « avoir à quitter » les lieux, et Craig la mit aussitôt en état d’arrestation, avant de la confier à son collègue C. I. Lewis, qui prétendra l’avoir ensuite conduite au shérif Decker et s’être occupé de la voiture, Craig n’ayant finalement jamais pu connaître l’identité de cette femme, ni ce qui l’obligeait à quitter les lieux, ni comment elle avait pu être en possession d’une clé. Pour autant, il reste possible que Craig et Garrison se soient confirmés réciproquement, en se fournissant des informations qu’ils auraient obtenues, chacun de leur côté, sans l’avoir précisé dans leurs textes respectifs, dans lesquels ils auraient été, avant tout, soucieux de s’appuyer sur le témoignage de l’autre).

12 h. 40 : Jarman, Norman et Williams quittent le 4ème étage, par les escaliers, d’abord pour le 3ème étage, où ils font une halte, afin d’y rencontrer le personnel, puis pour le rez-de-chaussée. Devant la commission Warren, Williams affirme : « Je me souviens avoir vu peut-être deux ou trois femmes se tenant à la fenêtre [au 3ème], regardant par la fenêtre ». Les femmes travaillant à cet étage sont toutes employées de la Scott Foresman and Company Publishing, dont le bureau occupe toute la salle 401, salle que viennent de quitter Adams, Styles et Garner, et qu’avait quittée, avant l’attentat, Avery Davis, pour rejoindre Elm Street – où la rencontre, « pas plus de cinq minutes [après les tirs] », Adams, comme celle-ci le déclare, devant la commission – et salle où peuvent demeurer encore Elsie Dorman, Ruth Nelson, Yola Hopson et Judith McCully (cf. l’audition de cette dernière par le FBI du 24 novembre 1963, confirmée par sa fille, en 2018). Après être sortie dans la salle d’entrepôt contiguë à celle du bureau au nord, Garner a rejoint les fenêtres ouest (ou l’une d’entre elles) pour observer le Grassy Knoll et la zone ferroviaire, fenêtres dont l’une se trouvait dans la salle de réserve de fournitures contiguë, à l’ouest, à celle du bureau (deux salles ne communiquant pas directement), salle de fournitures où se trouvaient déjà Betty Alice Foster et Marie Hollies (cf. ses déclarations à Barry Ernest, et, pour les secondes, leurs déclarations au FBI du 19 mars 1964). La rejoignent aux (ou à l’une des) fenêtres ouest – outre, peut-être, Foster et Hollies, qui observaient jusque-là par une fenêtre sud – Dorman et peut-être Nelson, la première semblant ne pas avoir tardé à rejoindre ensuite la salle du bureau, comme elle le déclare, en précisant qu’elle y a regagné la fenêtre qu’elle occupait initialement (cf. infra), la seconde précisant (dans une déclaration tardive rapportée en style indirect) être retournée à son travail, mais après n’avoir vu personne du côté ouest du bâtiment où elle s’était rendue (en quoi, elle peut vouloir dire « personne de suspect »), témoignage de Nelson que pourraient confirmer deux photos de la façade du TSBD prises, quasiment en rafale, par Jim Murray, quelques minutes après l’attentat, montrant clairement deux silhouettes à la quatrième fenêtre partant de l’est, où Nelson et Hopson disent avoir été initialement toutes deux postées, silhouettes similaires à celles figurant au même endroit sur une photo de la façade prise par Jack Weaver, quelques secondes avant l’attentat, alors que la photo prise par Powell, environ trente secondes après, peut sembler n’en laisser paraître aucune, voire qu’une seule, dans la partie ouest (voir infra, le cas de Hopson) – au demeurant, ni cette photo ni celles de Murray n’en laissant assurément paraître à la troisième fenêtre, qu’occupaient initialement Garner, Adams, Styles et Dorman, celles de Murray tendant donc, au passage, à prouver que Dorman n’est pas de retour (alors qu’une photo prise par Kimbrough, plusieurs minutes après les tirs, montre qu’elle l’est), quand Nelson n’est toujours pas partie (sous réserve que celle de Powell montrerait une 4ème fenêtre inoccupée et qu’une photo n’est qu’un instantané, rendant possible que le sujet se soit éloigné très brièvement de la fenêtre) (cf. déclarations de Dorman et Nelson, au HSCA, en 1978, pour la première, et à la police de Dallas, le 18 février 1964, pour la seconde) (Ajoutons que, comme celle de Powell, une photo prise par Dillard, dans la dizaine de secondes suivant les tirs, peut sembler montrer l’une des deux silhouettes de la quatrième fenêtre, dans sa partie ouest). On peut donc penser que – conformément, d’ailleurs, à sa déclaration faite au FBI, dès le 23 novembre, dans laquelle il mentionnait avoir vu « beaucoup de femmes autour de l’extrémité ouest de l’étage » (« a lot of women around the west end of the floor ») – Williams parle de fenêtre(s) de la salle d’entrepôt, où lui et ses deux collègues viennent de déboucher par les escaliers (escaliers que, devant la commission Warren, Norman affirme qu’ils n’ont pas quittés, en franchissant, d’une traite, l’étage, alors que, à la même époque, ses deux collègues disent qu’ils y sont restés de une à plusieurs minutes, comme lui-même finira, d’ailleurs, par le reconnaître devant le HSCA, en précisant : « pas plus d’environ un couple de minutes ») et où peuvent se trouver Garner, Dorman et Nelson (de leur côté, Foster et Hollies, que montrent les photos de Weaver, Dillard et Powell – mais que n’a pas dans son champ Murray – ayant pu rester dans la salle de fournitures où se trouve l’une des trois fenêtres ouest de l’étage). A l’appui, on notera que, devant le HSCA, Norman affirme que « quelques employées du bureau se trouvaient près des fenêtres [du côté où est la zone ferroviaire] et, en outre, regardaient à l’extérieur » (« some of the employees that work in the office were (…) by the windows [same side (…) that the railroad tracks are] looking out too »), et qu’eux-mêmes le firent (on remarquera, au passage, le pluriel « windows »). Mais il n’est pas exclu que, nonobstant l’un ou l’autre des témoignages de Norman précités (témoignages contradictoires dont le second est le plus vraisemblable) et sa propre déclaration du 23 novembre, Williams parle de fenêtre(s) du bureau, où sont restées McCully et peut-être Hopson (cf. supra et infra), alors que Garner, Dorman et Nelson se trouveraient dans la salle des fournitures (au gré de leur va-et-vient d’une fenêtre ouest à l’autre, que pourrait avoir justifié l’étendue de la zone de tumultes à observer), salle que lui et ses deux collègues n’auraient pas visité (quoique ni sa déclaration du 23 novembre ni l’ultime de Norman ne permettent de l’exclure), alors que l’on comprendrait facilement qu’ils se soient, par contre, adressés au bureau, pour partager leur émotion et obtenir des avis ou informations sur la situation dans la rue (ce qu’ils pourraient, d’ailleurs, avoir fait, après avoir vu des employées dans la salle d’entrepôt et avoir jugé devoir s’adresser, à la fois, aux unes et aux autres). Devant le Secret Service, le 8 janvier 1964, Jarman dit n’avoir vu qu’une femme, occupée à regarder par une fenêtre. S’il s’agit d’une fenêtre de la salle d’entrepôt, il pourrait s’agir de Garner, que Dorman et Nelson n’auraient pas encore rejointe ou, plus probablement, qu’elles auraient déjà quittée. S’il s’agit d’une fenêtre du bureau, il pourrait s’agir de McCully (nonobstant que les photos de Murray – qui, rappelons-le, ne sont jamais que des instantanés – ne montrent aucune silhouette à la fenêtre qu’elle est censée avoir occupé initialement), dans la mesure où Hopson tenait compagnie à Nelson, jusqu’à avoir pu la suivre aux fenêtres ouest, bien que le procès-verbal de son audition par le FBI du 19 mars 1964 ne précise pas si elle est restée ou non à la fenêtre qu’elle occupait initialement (pas plus, d’ailleurs, que ne le précise, pour son propre cas, celui de Nelson du 23 Mars). Parlant du bureau ou insinuant qu’il en parlait (car, s’il parlait bien de l’extrémité ouest de l’étage, le 23 novembre, sans d’ailleurs parler de fenêtre, il parle de fenêtre, sans en préciser la situation, devant la commission), Williams pourrait avoir menti, dans l’intention de faire croire qu’Adams et Styles y étaient encore présentes (et ce, d'autant plus facilement que, depuis sa nouvelle déclaration au FBI du 19 mars 1964, faite sur le conseil du FBI lui-même et notamment de son oncle qui en était membre, McCully ne prétend plus avoir été présente au 3ème, mais avec Davis, devant le TSBD… mais ce aussi, d’autant plus paradoxalement que ce même changement de témoignage pourrait avoir eu pour but de vider la salle de potentiels témoins du départ d’Adams et Styles, comme l’attesterait le fait que la commission Warren n’aura finalement entendu que deux des dix employées censées y avoir été présentes : la responsable Garner et Adams elle-même) et donc dans l’intention de retarder le moment où elles le quittent.

 

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