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Sur la base de sources publiques, retour sur des affaires restées énigmatiques.

L'ASSASSINAT DE JOHN FITZGERALD KENNEDY (XI)

 

Le nombre total de tirs pourraient avoir été d'au moins sept, étant donné les témoignages mentionnés plus haut et d'autres témoignages – comme ceux de Sam M. Holland, qui était situé sur le Triple Underpass, de Gordon Arnold, qui était situé le long de la palissade est, dans l'ombre des arbres (raison pour laquelle, selon Jim Marrs, aucune photo ne l’a capturé), de Bill Newman, qui était situé en bas du Grassy Knoll, à côté et à l'ouest du panneau de la Stemmons Freeway (qui sera enlevé, dès les jours suivants, très probablement par ce qu'il portait un ou plusieurs impacts de balle), de Mary Woodward et A. J. Millican, qui étaient situés à l'est du panneau et de l'« umbrella man », et, enfin, de Kenneth O'Donnell, un assistant de Kennedy, qui était situé dans la voiture suivant immédiatement celle présidentielle (cf. Marrs, ibid., p. 28, 38, 58-59, 79-80 et 457, Douglass, « JFK et l'indicible », p. 357-359, et l’article de Woodward paru, le lendemain, dans le Dallas Morning News). Tous ces derniers affirment – quand d'autres le font aussi et d’autres suggèrent – l'existence de plusieurs tirs effectués depuis le Grassy Knoll (En tout, pas moins de 58 témoins, parmi ceux entendus à propos de la localisation des tirs, affirment que ces derniers venaient de cet endroit, auxquels s’ajoutent « 34 autres, qui couraient et regardaient vers ce même endroit, au moment de l’assassinat » ! – Mark Lane, « L’Amérique fait appel », p. 36 et 39). Devant la commission Warren, Holland parle de trois ou quatre tirs, Arnold – dans une interview accordée en 1978 – d'au moins deux tirs, effectués dans son dos, sur sa gauche, Newman – devant la commission Warren – de plusieurs tirs, effectués derrière lui – voire, lors de son audition par Jim Garrison, en 1969, de trois à quatre tirs – Woodward – dans son article paru le lendemain – de trois tirs effectués derrière elle et ses collègues journalistes, légèrement sur leur droite, dont le premier fut très bruyant – avant qu’un rapport du FBI relatant son audition de 6 décembre suivant mentionne qu’elle aurait eu successivement l’impression que les tirs venaient d’au-dessus d’elle et peut-être de derrière, puis du viaduc et enfin que l’« écho fort » (« loud echo ») l’aurait empêché de déterminer leur provenance (localisation à l’arrière et sur la droite pourtant confirmée par Jean Newman, qui se trouvait à côté d’elles, un peu plus à l’ouest : au bureau du shérif, le jour-même, elle parle de deux tirs venus de sa droite, et, deux jours plus tard, devant le FBI, sans parler de l’origine des tirs – du moins, si l’on en juge au procès-verbal – n’exclut pas qu’il y ait eu un ou plusieurs autres tirs), Millican – dans une déclaration faite au bureau du shérif, peu après l’attentat – de cinq tirs effectués derrière lui, et O'Donnell – lors de confidences privées – de deux tirs. Autant de tirs qui pourraient avoir été effectués, soit en plusieurs vagues, une vague venant corriger l'autre, soit (voire aussi) de façon mal synchronisée. Cette dernière hypothèse expliquerait les témoignages parlant de tirs très rapprochés dans le temps, un témoin comme Arnold, qui – comme Millican – était militaire, parlant même de deux tirs se succédant trop rapidement, pour avoir été tirés par un seul fusil à verrou (single-bolt action) (fusil non automatique), comme il se doit pourtant, lors d'un tir de précision. Quant aux témoins ayant entendu les tirs effectués depuis le TSBD, ils parlent tous d'un premier tir isolé, suivi de deux tirs très rapprochés, qui, comme ceux de la palissade, ne peuvent avoir été effectués par un même fusil non automatique (le tir de la fenêtre sud-est, qui aurait été mal synchronisé, ayant pu ainsi échouer à masquer celui de la fenêtre sud-ouest, alors qu'un éventuel tir effectué depuis le Dal-Tex pourrait, par contre, avoir été masqué). Pour autant, les témoins présents devant ou dans le TSBD sont loin d’avoir, tous, entendu des tirs venant de ce même bâtiment : ainsi, pour ne prendre que quelques exemples, Billy Lovelady, situé sur les marches de l’entrée du TSBD, les a perçus venant d’ « autour de la petite affaire en béton sur la butte » (« around that concrete little deal on that knoll ») (comprendre : le muret sur lequel était perché Zapruder), raison pour laquelle il se dirige, sans trop tarder, vers elle, en compagnie de Shelley (déclaration à la commission Warren) ; Victoria Adams, qui regardait le cortège depuis la fenêtre du milieu du troisième étage, a perçu chacun des trois tirs qu’elle a entendus « comme s’il venait d’au-dessous à droite plutôt que d’au-dessus à gauche » (« it seemed as if it came from the right below rather than from left above ») (id.) ; et Steven F. Wilson, qui observait, au même étage qu’elle, deux fenêtres plus à l’est, eut l’impression que « les tirs venaient de l’extrémité ouest du bâtiment ou de la colonnade (i.e. la pergola) (…) Les tirs ne semblaient vraiment pas venir d’au-dessus de moi » (« the shots really did not sound like they came from above me ») (déclaration au FBI du 25 mars 1964). En outre, les plus significatifs de tels témoignages pouvant être ceux de Carolyn Walther et Arnold Rowland, qui, bien qu’ils avaient vu, depuis Houston Street, avant les tirs, un homme armé à une fenêtre du TSBD, n’en déclarèrent pas moins avoir entendu les tirs venir du Grassy Knoll. Au demeurant, certains des témoignages qui situent les tirs sur le Grassy Knoll – notamment celui de Millican – les situent à des endroits différents sur la butte ; plusieurs endroits qui, de même que les deux des deux fenêtres du TSBD, pourraient n'en avoir fait qu'un, pour McMahon (la notion de séparation pouvant avoir été relative, dans un vaste ensemble de positions inégalement éloignées les unes des autres, qui plus est, configurées d'une façon ayant pu favoriser certaines fusions acoustiques, notamment, comme le reconnaît McMahon lui-même, par l’effet Doppler). Lors d'un interrogatoire par un shérif-adjoint (cf. WCHE, vol. XIX, p. 486), Millican, qui avait une grande expérience des terrains de combat, les décrit comme ayant eu lieu, en deux vagues espacées dans le temps, succédant à une première vague de trois tirs partis du TSBD : d'abord, deux tirs, puis trois autres « arrivant de la même direction mais semblant le faire de plus loin en arrière », pouvant ainsi désigner, d'une part, les deux tirs effectués depuis la palissade, dont a été témoin Arnold, puis trois autres effectués, toujours depuis la palissade, dont la disposition nord-sud permettait un échelonnement de l'éloignement des positions par rapport à Elm Street (trois derniers tirs dont Arnold ne nie pas qu'ils aient eu lieu, puisqu'il parle d'autres tirs effectués, après les deux qui l'ont obligé à se coucher au sol. Pour autant, on notera qu’il ne fait pas partir de tirs, devant lui, de la palissade sud, où, pourtant, comme nous le verrons, de nombreux témoins, y compris visuels – avec lesquels Millican reste possiblement en accord – en situent au moins un, qui plus est effectué, en premier, comme l’étayent, d’ailleurs, des analyses acoustiques d’un enregistrement d’une radio de motard effectuées à la demande du HSCA. Malgré cela, et malgré aussi que son témoignage, dans une interview en 1978, est tardif – ce qu’il justifie par la crainte de représailles – et qu’aucune photo ou film ne montre de silhouette, à l’endroit où il prétend s’être trouvé – mais dans l’ombre des arbres et très vite couché au sol, par réflexe militaire – son témoignage n’en est pas moins étayé par le « badge man », silhouette dépassant le haut de la palissade, un peu au nord de sa position, silhouette identifiée, en 1982, sur l’une des photos prises par Moorman, « badge man » dont le tir aurait bien été effectué derrière et sur la gauche d’Arnold, comme l’avait rapporté celui-ci ; reste la question : a-t-il produit un faux témoignage pour nuire à la thèse du ou des tirs frontaux depuis la palissade sud, dont l’un aurait été le tir mortel et un autre le tir à la gorge, infirmant la théorie de « la balle unique » pour Kennedy et Connally ?). On notera, enfin, que le lever de parapluie pourrait avoir eu lieu, juste avant les deux premiers tirs du Grassy Knoll (comme s'il avait été le signal de leur déclenchement), puisque l' « umbrella man » l'effectue, alors que Kennedy se trouve quasiment en face de lui, juste avant le panneau derrière lequel il va disparaître de l'objectif de la caméra de Zapruder, avant de réapparaître blessé à la gorge, et avant que, suite au nouvel échec de tirs, le lever de main du « dark complected man » ne donne le signal pour les derniers tirs, qui toucheront finalement la tête.

En 1970, le chercheur Robert Cutler a avancé l’hypothèse que le Président aurait été touché, d’abord, à la gorge, par une fléchette paralysante tirée par le parapluie ouvert, juste avant qu'il ne soit élevé, fléchette destinée à figer la cible (En 1963, la CIA venait de faire provision de cette invention, comme l’ont, d’ailleurs, reconnu, en 1975, devant le comité d’enquête Church du Sénat, le directeur de l’agence William Colby, son ancien directeur Richard Helms, et le concepteur d’armes spéciales pour l’agence, Charles Senseney, qui apporte les précisions suivantes : la fléchette, d’un diamètre de cinq millimètres, est propulsée à haute vitesse, se dissout entièrement dans le corps, en ne laissant aucune trace observable, et paralyse totalement sa victime, en deux secondes). Cette hypothèse est néanmoins contredite par les témoignages des médecins qui, pendant une vingtaine de minutes, ont tenté de réanimer la victime, à l'hôpital Parkland. Selon eux, la blessure à la gorge, quoique de seulement 3 à 5 mm, voire 4 à 7 mm (dimension estimée, puisque aucun instrument ne l'a mesurée, ayant notamment été rapidement agrandie pour effectuer une trachéotomie), était certainement, pour certains, et, pour d’autres, très probablement, un orifice d'entrée de balle (cf. Lane, ibid., p. 46-53, Marrs, ibid., p. 363 et 366-367, et Douglass, ibid., p. 408-409). L’hypothèse est aussi contredite par le témoignage de Bill Newman, qui, lors de son audition en 1969, associe clairement le mouvement d'élévation et de crispation des mains de Kennedy à la hauteur de sa gorge, au premier tir entendu – témoignage néanmoins tardif et qu’il convient de mettre en balance avec celui de Mary Woodward, qui se trouvait tout aussi près de la scène que lui, entre le panneau de la Stemmons Freeway et celui de la Thornton Freeway, et qui, dans son article paru le lendemain, a déclaré « ne pas croire que quelqu’un ait été touché par la première balle ». Or, il s’agit là de deux témoins qui, comme nous l’avons dit, ont situé l’origine de tous les tirs sur le Grassy Knoll, alors que d’autres ont pu paraître plus vagues dans leurs déclarations… certes on ne peut plus officielles, puisque faites devant la commission Warren et par des officiels, mais dont l’importance tient indéniablement au fait qu’elles viennent de deux témoins présents dans la Lincoln présidentielle : Mrs Connally et le chef de la sécurité présidentielle au Secret Service, Roy Kellerman, assis respectivement derrière le chauffeur et à côté de lui. La première affirme avoir entendu, en tout, trois tirs « venant de la droite », sans avoir pu déterminer « s’ils venaient d’en haut, d’en bas ou d’où que ce soit » ; le second affirme avoir entendu, en tout, « au moins » (« at least ») trois tirs, un premier tir suivi de ce qu’il nomme « une rafale de tirs » (« a flurry of shots ») ou encore « une rafale de balles arrivant dans la voiture » (« a flurry of shells come into the car »), en précisant que la première détonation « venait de la droite et peut-être en arrière » (« I was sure that [the noise] came from the right and perhaps into the rear »). Du reste, Kellerman est certain d’avoir entendu, juste après la première détonation, la voix du Président prononcer les mots « Mon Dieu, je suis touché ! » (« My God, I am hit ! »), phrase qui, comme le remarque pertinemment Mark Lane, ne peut avoir été dite par un homme touché par une balle à la pomme d’Adam, ce qui permet d’associer, avec certitude, ce premier tir à la blessure dorsale du Président. Du reste, celle-ci a paru n’être pas profonde au médecin James Humes, qui, lors de l’autopsie, dont il était le responsable médical, à l’hôpital militaire de Bethesda, y a enfoncé un doigt, sans, d’ailleurs, y rencontrer de balle, alors que, de leur côté, deux agents du FBI ont signé le reçu d’une balle entière trouvée dans le corps de la victime, lors de cette même autopsie, découverte confirmée par l’Amiral Galloway, qui supervisait la séance (cf. Groden, « The killing of a president », p. 79) (Selon Kellerman, qui était présent dans la salle d’autopsie, son adjoint, le docteur Pierre Finck, sera, quant à lui, dissuadé de vérifier la profondeur et le trajet de la blessure par des officiers présents dans la salle – témoignage corroboré par l’intéressé lui-même, qui, devant une commission d’examen, l’ARRB, en 1996, avouera n’avoir jamais eu de preuve que la blessure au dos et celle à la gorge relevaient d’un même tir). En outre, Humes évalue étrangement son angle descendant de pénétration à 45°, alors que l'angle de descente depuis le « nid du tireur » était tout au plus de 17°5 et qu'aucun obstacle dans la ligne de tir ne permettait une quelconque déviation de la balle, et, qui plus est, alors qu'aucun immeuble des environs n'offrait un tel angle. A-t-il ainsi voulu signifier qu’on ne l’a pas laissé libre de faire et/ou de dire ce que sa tâche lui imposait ? La réponse pourrait bien tenir dans le fait qu’il brûlera toutes ses notes originales prises pendant l’autopsie (cf. « L’Amérique fait appel », p. 72, 365 et 384-386). Tout laisse, en effet, penser qu’il a purement et simplement inventé ce chiffre de 45°, en ayant bien conscience de le laisser tel un indice lourd de signification, le chiffre n’étant ni plus ni moins que celui de la ligne de tir située au beau milieu de l’éventail des lignes de tirs possibles depuis l’arrière… comme pour mieux faire soupçonner sa dimension arbitraire ; chiffre que son adjoint Finck semble avoir subtilement cherché à atténuer, tout en le légitimant, lorsque, devant la commission Warren, il est allé jusqu’à affirmer que la blessure à la tête correspondait elle-même à un tir effectué depuis l’arrière « à l’intérieur des 45 degrés par rapport au plan horizontal » (« In my opinion, the angle was within the 45 degrees from the horizontal plane »), la mesure n’ayant pu être plus précise, du fait de la trop grande taille de la plaie de sortie qu’il situe à l’avant ; Finck qui, devant l’ARRB, en 1996, avouera s’être fait voler toutes les notes qu’il avait prises pendant l’autopsie, à l’issue de celle-ci, pendant qu’il se lavait.

Il reste que l’hypothèse d'une fléchette paralysante n'est pas sans être étayée, d'une part, par le fait que Bill Newman décrit le Président comme étant resté assis dans « une position droite », pendant toute la période des tirs (« all the time »), jusqu'à même devenir « raide comme une planche », avant de basculer sur sa gauche, au moment de l'impact à la tête (position et mouvement que certains expliquent par son port d'un corset thérapeutique) (impact à la tête qu'il associe à la troisième détonation, qu'il fait donc précéder de deux autres, provenant, elles aussi, du Knoll, mais sans situer chronologiquement un quatrième tir, qu'il « a souvent pensé » avoir entendu, par le passé, mais dont, présentement, en 1969, il ne peut clairement affirmé l'existence), et, d'autre part, par le fait que, dans les minutes qui suivent l'attentat, l' « umbrella man » semble ne pas vouloir perdre de vue son ustensile, comme s'il craignait qu'on lui dérobe : une fois assis sur le bord du trottoir, à côté du « dark complected man » (alors que tout le monde se déplace, autour d'eux, soit afin de se protéger, soit afin de s'emparer des tireurs... soit encore, pour certains policiers et agents du Secret Service – qu'ils aient été ou non de faux agents – pour, au contraire, les protéger et assurer leur retraite), il le dépose, devant lui, à ses pieds, à même la chaussée, et non, à côté de lui, sur le trottoir, comme il aurait sans doute été plus spontané et adéquat de le faire, pour un parapluie ordinaire. L'ustensile pourrait soit avoir tiré une fléchette ayant manqué sa cible (elle pourrait avoir touché et anesthésié le gouverneur Connally, qui, devant la commission Warren, affirme n’avoir, sur le coup, pas souffert de ses blessures, n’avoir pas entendu le tir l’ayant touché au thorax – que, du reste, il distingue parfaitement du premier tir ayant touché Kennedy – et n’avoir même rien senti de ses blessures au poignet et à la cuisse), soit avoir tiré une fléchette dont la blessure sur Kennedy n'aurait pas été remarquée par les médecins, soit encore avoir dissimulé un appareil de transmission (dernière hypothèse sans doute la plus probable). Au passage, on notera que le fait que Connally dit n’avoir pas entendu le tir l’ayant touché dans le dos pourrait être un indice supplémentaire du fait que ce tir aurait été effectué depuis la fenêtre sud-ouest du 5ème étage, dans la mesure où, comme nous l’avons vu, le tir depuis cette fenêtre aurait été prévu pour être discret (du moins, à l’extérieur du bâtiment). En effet, nos considérations antérieures nous conduisent à admettre que la détonation entendue par Dougherty était, plutôt que celle d’un amas de tirs (dont ce dernier), celle d'un unique tir effectué depuis la fenêtre sud-ouest du 5ème étage du TSBD, unique tir dont le bruit est « tombé » dans la cage d'escalier.

D’autres preuves ou indices de tir sont à prendre en compte : 1) les deux hommes vus, au moment des tirs, le long de la palissade sud, du côté du parking, par Lee E. Bowers et Virgil E. Hoffman, le premier témoin étant situé à environ 130 mètres au nord du Grassy Knoll, en haut de la tour d’aiguillage ferroviaire, le second, à environ 200 mètres au nord-ouest, sur la bande d’arrêt ouest du Triple Overpass (viaduc de la Stemmons Freeway), l’un des deux suspects, situé à environ trois mètres de la pointe de l’angle de la palissade, finissant par se déplacer vers l’ouest pour remettre à l’autre ce qui ressemblait à un fusil long, avant que chacun d’eux se sépare dans une direction différente ; au même moment, une fumée s’élevait de dessous les arbres situés près de l’angle de la palissade, comme le virent aussi Holland et six autres témoins, depuis le haut du viaduc ferroviaire (cf. Lane, « L’Amérique fait appel », p. 28-32 et 38-39) ; notons qu’aucun de ces neuf témoins ne pouvait voir la palissade est, cachée par des arbres, où pouvaient donc se tenir un ou plusieurs autres tireurs ; autant de témoignages corroborés par celui du policier Joe M. Smith, qui, ayant eu l’impression, depuis l’intersection de Houston Street et Elm Street, que les tirs étaient partis de derrière la palissade sud, s’y rendit aussitôt et y sentit une odeur de poudre : « L’odeur y flottait. Je la sentais nettement. » (témoignage recueilli par le journaliste Ronnie Dugger) (ibid., p. 42-43) ; 2) l’impact d’un projectile au milieu d’Elm Street, derrière la voiture présidentielle, à un endroit que la témoin, Virgie Rachley (alias Mrs Baker), située devant le TSBD, sur le trottoir nord, situe en face du panneau de la Stemmons Freeway, qu’elle ne pouvait voir, impact qu’elle vit, juste après la première détonation, qui, selon elle, comme les deux autres qu’elle a entendues, venait du viaduc ferroviaire : « J’ai vu un tir ou quelque chose toucher la chaussée (…) C’était à peu près au milieu du chemin » (déclaration à la commission Warren) ; 3) le fragment de balle qui a blessé, à la joue, James Tague, qui observait le cortège depuis le resserrement du terrain séparant Commerce Street et Main Street, au pied du viaduc ferroviaire, la balle ayant d’abord heurté le bord du trottoir sud de Main Street, à environ 4 mètres de lui, sur sa droite ; 4) les deux impacts de projectile sur et autour du parebrise de la voiture présidentielle, l’un, d’un fragment de balle, sur le parebrise, à gauche du rétroviseur intérieur (côté conducteur), l’autre, d’une balle entière, sur le cadre du parebrise, au-dessus du rétroviseur, tous deux visibles sur des photos prises par le Secret Service (cf. Groden, ibid., p. 36 et 41) et confirmés par plusieurs témoins – entre autres, le journaliste Richard Dudman et le policier H.R. Freeman, présents à l’hôpital Parkland ; 5) le ou les plus que probables impacts de balle sur le panneau de la Stemmons Freeway, lequel a disparu, les jours suivants, et n’a jamais pu être retrouvé ; 6) le ou les impacts de balles ayant creusé la pelouse du côté sud d’Elm Street, dont ont notamment été témoins Mr et Mrs Wayne E. Hartman et Richard Carr, les premiers parlant d’un sillon de 50 à 60 cm de long et d’environ 4 cm de large situé dans le prolongement de la ligne du tir à la tête, mais sans que le rapport d’enquête du FBI, daté de septembre 1964, qui rapporte leur déclaration, précise s’ils la faisaient partir du Grassy Knoll ou du TSBD, quoiqu’il précise que sa direction n’était pas la même que celle ayant terminé sur Main Street (cf. supra), et qu’il fasse de la zone de son terme celle où William Harper, un étudiant venu prendre des photos du site, le lendemain, en fin d’après-midi, trouvera un fragment d’os occipital de Kennedy, à environ 8 mètres au sud de l’impact à la tête et environ 50 mètres du Triple Underpass (cf. documents de la commission Warren n° 1518 et n° 1395, témoignage d’Harper recueilli par le chercheur Milicent Cranor, en 1997, et Douglass, ibid., p. 381 et notes 363 à 365, p. 615) ; le second, Richard Carr, qui, rappelons-le, observait la scène de haut, depuis le sud-est, parlant d’un frappement et d’un soulèvement d’herbe, au bout d’une ligne de tir allant de la palissade du Grassy Knoll (origine des trois derniers des quatre tirs qu’il dit avoir entendus, celle du premier – plus faible – lui ayant échappé) à – si elle avait été moins descendante – l’immeuble de la Cour criminelle, situé à l’angle nord-est de Houston Street et Main Street (cf. son audition, lors du procès Shaw, en 1969), témoignage confirmé par Jim Garrison, qui, l’ayant interrogé, pendant et en marge du procès Shaw, rapporte qu’il vit la balle « creuser un sillon dans l’herbe, en direction de l’est » (ibid., p. 230) ; les témoignages des Hartman et de Carr n’étant donc pas sans pouvoir coïncider, nonobstant ce qui pourrait avoir été une tentative du FBI (qui avait interrogé Carr, dès janvier 1964) de l’occulter ; 7) Les séries de photos en noir et blanc prises par Jim Murray et William Allen, moins de dix minutes après l’attentat, montrant trois hommes : le shérif-adjoint Eddie Walthers, en civil, et deux inconnus, un Blanc en civil et un Noir en uniforme, se baissant pour observer des traces sur la pelouse du côté sud d’Elm Street, juste en face du panneau indiquant Fort Worth, chacun des deux premiers ramassant, au sol, à environ un mètre de distance, quelque chose qui ne dépasse pas la taille d’une balle, bien que, dans le cas de Walthers, le dos de sa main le dissimule à l’objectif, et que, dans le cas de l’inconnu noir, son diamètre puisse faire penser à une balle écrasée. Roger Craig confirmera qu’une balle a été trouvée par Walthers, à ce moment et à cet endroit, et précisera qu’elle était de calibre 45 (cf. « When they kill a president », part 3). Quant à l’officier de police Joe W. Foster, que les photos montrent aussi, en uniforme, accompagnant les trois hommes, il confirmera, devant la commission Warren, qu’une balle a creusé la pelouse, près de la plaque d’égout, laquelle est située juste à côté de l’endroit où les photos montrent ces derniers affairés (cf. Groden, ibid., p. 41, 68 et 70). Pour d’autres indices balistiques relevés sur Dealey Plaza, longtemps après les faits, lire Marrs, ibid., p. 306-307 ; 8) Le sillon d’environ vingt centimètres de long creusé, en direction du sud-ouest, dans le trottoir nord d’Elm Street, à environ 2,50 mètres à l’est du deuxième lampadaire partant de l’intersection de Houston Street, qu’Eugene P. Altredge déclare avoir vu à la télévision, peu de temps après l’attentat, et être allé constater, sur les lieux, au début de l’été 1964. Cinq jours après avoir déclaré au FBI, le 29 septembre 1964, qu’il trouvait étonnant que l’enquête officielle n’ait pas tenu compte de cette marque, il constatera qu’elle a été colmatée (cf. Gary Shaw, « Cover up », p. 123-124, et Groden, « The killing of a president », p. 40, qui en publient des photos qui ne prouvent ni n’infirment qu’il s’agit d’une trace de balle).

En définitive, bien que cela relève de la gageure, on peut se risquer à établir l’estimation suivante : 8 à 9 tirs ont été effectués, en tout, sur Dealey Plaza : 1) trois, depuis le TSBD (dont deux, depuis la fenêtre sud-est – l’un atteignant directement le trottoir de Main Street et l’autre directement le dos de Kennedy, tirs destinés à faire diversion et à faire endosser à Oswald l’assassinat du Président – comme l’attestent encore des témoignages comme ceux de Brennan et Carolyn Walther, selon lesquels le tireur ne se retenait pas de manifester sa présence à la fenêtre – tirs dont les munitions tirées par le vieux Mannlicher-Carcano, à la précision vraisemblablement incertaine, pourraient avoir été sous-dosées en poudre, pour éviter des dommages sur des tiers, ce qui expliquerait la blessure dorsale peu profonde et la faible égratignure du trottoir sur Main Street – et un troisième depuis la fenêtre sud-ouest – atteignant directement le dos de Connally, puis son poignet et sa cuisse) ; 2) trois (ou quatre), depuis le Grassy Knoll (l’un d’eux atteignant la chaussée derrière la voiture présidentielle, après avoir touché le panneau de la Stemmons Freeway, un autre atteignant directement le cou de Kennedy, un ou deux autres – simultanés – directement sa tête, dont un éclat atteint le parebrise) ; 3) enfin, deux depuis le Dall-Tex (tirés depuis un étage du bas et ayant raté leur cible, l’un aurait touché le haut du cadre du parebrise de la voiture présidentielle, l’autre aurait terminé là où le shérif-adjoint Eddie Walthers a ramassé une balle). On aura du mal à ajuster, au mieux, ces estimations aux détonations rapportées par les témoins – et, avant même cela, à faire la synthèse de ces dernières – dans la mesure où leurs témoignages (qui, du reste, auraient pu être complétés par plus d’une soixantaine d’autres venant de témoins auxquels, comme le relève Lane, l’enquête officielle « oublia ou jugea inutile de demander où ils situaient l’origine des coups de feu » – ibid., p. 36) ont été divergents et, pour beaucoup d’entre eux, lacunaires et/ou approximatifs, et ce pour différentes raisons, allant du défaut d’audition et/ou de discernement et/ou de mémoire aux pressions exercées ultérieurement sur eux, en passant par leurs différentes situations sur Dealey Plaza et la présence d’un vent fort, ce jour-là, le phénomène d’écho n’ayant pu, par contre, que peu jouer, de l’avis même de certains connaisseurs des lieux qui, pour le justifier, mettent en avant le grand espace ouvert et entouré d’une ceinture bétonnée relativement homogène faisant face au bâtiment du TSBD et au Grassy Knoll, même si l'on notera aussi que, depuis certains endroits, comme le renfoncement latéral des rues perpendiculaires à Houston Street ou la proximité d’un tel renfoncement, ce phénomène a pu être très présent, comme en témoigne Roger Craig, qui venait de franchir l’angle de Main Street, au moment du premier tir ; à un journaliste qui, en 1968, lui demande s’il a pu déterminer l’endroit d’où était parti la première détonation, Craig répond : « Non, vous ne pourriez pas dire. Il y avait tellement d’échos (so many echoes) que vous ne pourriez pas dire ». Autre difficulté pour déterminer l’origine des tirs : la limousine présidentielle a été grossièrement nettoyée, et sa capote refermée, dès son arrivée à l’hôpital, puis a été refaite à neuf, l’année suivante, manifestant ainsi l’intention – précoce et durable – de priver tout chercheur ou enquêteur d’un relevé exhaustif des impacts et projections à l’intérieur du véhicule, nonobstant quelques photos lointaines ou partielles prises par le Secret Service.

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