7) Combien de tirs et de tireurs, et où ces derniers étaient-ils situés, sur Dealey Plaza ?
Lorsque Dougherty dit avoir entendu une détonation, avant d’avoir déjeuné, il est sous le coup du réflexe consistant à situer la détonation au moment à propos duquel il peut avouer qu’il a vu plusieurs personnes au cinquième étage ; car, pour lui, c’est un fait (qu’il ne peut pas avouer, mais qu’il ne peut pas non plus contredire) : la détonation entendue est liée à la présence de plusieurs individus à cet étage. A la suite, il peut avouer sans problème qu’il est remonté au cinquième étage, au moment de reprendre son travail, après 12 h. 40, soit après avoir déjeuné... et après l’attentat. Ce qu’il est ainsi censé insinuer, autrement dit faire semblant de concéder, c’est que, lorsqu’il est remonté au cinquième étage, après avoir déjeuné, il n’y avait personne (sous-entendu, personne de visible, alors que, bien sûr, quelqu’un pouvait être caché dans le « nid du tireur », et que, du reste, lui-même pouvait ne pas s’être rapproché de ce dernier, ne même pas l’avoir eu dans son champ de vision). Tout semble indiquer qu’il fait un blocage, qui tient dans le nœud suivant : il y avait plusieurs individus au cinquième étage, lorsque eut lieu la détonation et que lui se trouvait au quatrième étage.
A propos de cette détonation unique et très forte qu’il compare à une explosion de gaz d’échappement de voiture, on peut avancer l’hypothèse suivante (nonobstant que la comparer à un gaz d’échappement de voiture peut, à la rigueur, signifier qu’on la situe au niveau de la rue) : au moment de l’entendre, il affirme s’être trouvé à environ trois mètres de l’ascenseur, cet endroit ayant donc pu se trouver dans l’aire commune de trois trajectoires acoustiques parties, pour l’une, de la fenêtre sud-ouest du 5ème étage du TSBD (l’onde de cette trajectoire ayant pu suivre le couloir aménagé – l'allée élargie – par le déplacement des caisses de livres du côté ouest de l’étage vers le côté est, déplacement qu’avait effectué, dans la matinée, l’équipe de Lovelady attelée à la réfection du plancher, le long du mur ouest, et onde ayant pu finir par « tomber » dans la cage d’escalier toute proche, jusqu’à être assurément la plus audible des trois pour Dougherty) ; pour une autre, de la palissade en bois ou de la pergola couronnant le Grassy Knoll, sur lequel donnait une fenêtre située tout près de la cage d’escalier (fenêtre fermée, à l'instar de toutes les fenêtres de ce côté-ci du bâtiment) ; et, pour une autre, enfin, de l’immeuble Dal-Tex (où un tireur d'élite de la mafia, Jim Braden, sera arrêté par des hommes du shérif, dans l'heure suivant l'attentat, avant d'être relâché, trois heures plus tard, faute d’éléments incriminants, sans que soit, d'ailleurs, exclu que sa présence en ce lieu, tout comme celle d'autres membres de la mafia, sur Dealey Plaza, au même moment, ait été le produit d'une manipulation, dans l'optique de pouvoir les faire accuser, au besoin – cf. Marrs, « Crossfire », p. 327-330 – voire, dans l’optique de faire aussi accuser le milieu des exploitants pétroliers, dans la mesure où, la veille de l’attentat, Braden avait rencontré Lamar Hunt, fils du chef de leur syndicat, Haroldson L. Hunt, au domicile de ce dernier, où se trouvait aussi, ce même jour, Jack Ruby, qui affirmera y avoir accompagné une jeune femme à la recherche d’un emploi, double rencontre qui pourrait avoir été tramée par une personne cherchant à compromettre le trio – cf. Jim Garrison, « JFK, affaire non classée », p. 191-192 et 291 – À l’appui de cette dernière hypothèse, on notera l’effort déployé par deux membres de la commission Warren, dont le président Warren lui-même, lors d’une séance extraordinaire d’interrogatoire de Ruby, à sa prison, le 7 juin 1964, pour faire dire au prisonnier qu’il s’était entretenu, « pendant une ou deux heures », avec « un gros pétrolier », à son bar-club, « une à deux semaines avant l’assassinat », rencontre totalement inventée par la commission, comme l’explique Mark Lane – cf. « L’Amérique fait appel », p. 243-245 – et qu’ignorait un mémorandum du FBI du 24 février précédent – cf. WCRHE, XXVI, p. 473 – Dans un autre registre, on notera qu’un certain Larry H. Florer, employé d’une société texane, sera lui aussi arrêté par des policiers, dans le Dal-Tex, dans la demi-heure suivant l’attentat, avant d’être lui aussi relâché ; comme Braden, il justifiera s’y être trouvé à la recherche d’un téléphone – cf. sa déclaration devant notaire pour le shérif du 22 novembre 1963 et le rapport du FBI du 23 novembre 1963). Cette confluence acoustique de tirs simultanés viendrait appuyer la thèse, défendue par certains (notamment sur la base de témoignages de médecins ayant pratiqué la première autopsie ou ayant étudié ultérieurement ses radiographies, faisant état de la présence de fragments et de traces d'au moins deux balles distinctes dans le crâne du Président – cf. Marrs, ibid., p. 367 et 369), de l’existence de deux ou trois tirs simultanés, dont au moins deux auraient atteint, en même temps, la tête de Kennedy, l’un par l’arrière, l’autre par l’avant, comme peut en témoigner le film de Zapruder, alors que le tir effectué depuis la fenêtre sud-ouest du TSBD aurait échoué et pu toucher Connally... La raison de cet échec aurait-elle pu être l’irruption inopinée de Dougherty, deux ou trois minutes plus tôt, juste dans le couloir mentionné plus haut, au bout duquel se trouvait la fenêtre – ou à un endroit du couloir longeant le mur sud – cette irruption ayant pu déconcentrer le tireur, sans pour autant le dissuader, au cas où il aurait été certain que Dougherty n’avait pas vu son arme, ou encore au cas où il aurait réussi à le tromper, en lui présentant une fausse carte d'agent du Secret Service ?
Cette simultanéité de tirs aurait pu avoir été savamment mise au point, pour donner l’impression sonore d’un unique tir et pour neutraliser l’effet visuel d’un tir effectué par l’avant : l'impression d'un unique tir effectué par un unique tireur, situé à l’arrière de la Lincoln. Rappelons que certains témoins, situés depuis Houston Street (comme James Worrell et Pauline Sanders) jusqu’au Triple Underpass (comme Sam Holland), ont entendu quatre détonations, l'un des témoins les mieux placés (sur le terrain gazonné séparant Elm Street et Main Street) pour pouvoir juger de leur nombre et de leur provenance, Jean Hill, qui, avec son amie Mary Moorman, était, en outre, le témoin le plus proche de la Lincoln présidentielle, au moment du ou des tirs fatals sur la tête du Président, affirmant indéfectiblement en avoir entendues « entre quatre et six », et avoir « vraiment pensé qu’ils venaient de la butte », tout en étant « persuadée qu’il n’y avait pas qu’un seul tireur » (témoignage devant la commission Warren, et Marrs, ibid., p. 456) ; ce que viendront étayer, après avoir analysé les enregistrements sonores des communications policières et le film de Zapruder, Gary Mack, dans un article paru en 1977, et Homer A. McMahon, lors d’auditions par l’ARRB, en 1997 – le premier, devenu par la suite conservateur du Six Floor Museum, à Dallas, affirmant que l’enregistrement sonore indiquait jusqu’à sept tirs, le second, ayant dirigé le laboratoire d'analyse photographique de la CIA, le NPIC, au moment où le film de Zapruder lui fut soumis, en décembre 1963, déclarant penser que « le Président Kennedy a été touché à six ou huit reprises par des tirs provenant d’au moins trois directions (…) [bien que] le consensus [fût] de deux ou trois tirs sur Kennedy, qui atteignirent Connally par ricochet » (auditions téléphoniques des 7 juin et 14 juillet 1997 – cf. ibid., p. 497 et 511, et Douglass, ibid., p. 616). Ces détonations incluraient donc les trois du Mannlicher-Carcano – lequel fusil, au demeurant, a été retrouvé réarmé (c’est-à-dire avec une cartouche pleine dans le canon), alors que trois cartouches vides sont censées avoir été retrouvées au sol, à l'intérieur du « nid du tireur » – disposées de façon aléatoire, selon la version officielle ; cartouches vides que, quelques minutes après leur découverte (quinze à vingt minutes, selon le shérif-adjoint Mooney, qui affirme avoir passé ce temps à en assurer la garde, sans y toucher – cf. procès-verbal de son audition par la commission Warren), le capitaine Fritz ramasse pour les présenter au caméraman Tom Alyea, qui n'arrivait pas à viser, avec sa caméra, l'intérieur du « nid », par-dessus la rangée de caisses, pour faire un gros plan des cartouches (cette séquence du film montrant les cartouches dans la paume tendue de Fritz, si elle a été tournée, n’a jamais été publiée, peut-être pour occulter la grave faute professionnelle de ce dernier, comme l’aurait donc fait aussi le rapport de la commission Warren – p. 79 – Fritz qui, du reste, n’a jamais avoué – du moins, publiquement – y avoir touché, de ses mains nues, et ne s’être même pas assuré que des photos en avaient été prises, au préalable) ; mais cartouches dont on peut douter de l’authenticité de l'une d'elles et, du même coup, de leur nombre, Fritz prétendant avoir oublié d'en remettre une au FBI, pendant quelques jours – comme viennent l'étayer un rapport de la police de Dallas, daté du 22 novembre, et deux récépissés du FBI adressés à cette dernière, l'un pour des cartouches vides, l'autre pour des photos de ces mêmes cartouches, autant de documents ne faisant état que de deux cartouches vides de 6,5 mm trouvées au sol du 5ème étage, près de la fenêtre sud-est – qui plus est, l'une des trois cartouches vides finalement rassemblées par le FBI présentant des marques d’usage différant de celles des deux autres et semblant interdire qu'elle ait été chargée dans le Mannlicher-Carcano (cf. Marrs, ibid., p. 417-418). Selon ce que suppose Alyea, dans une correspondance avec Pierre Nau, vers la fin des années 1990 (cf. « Interview de Tom Alyea, premier reporter au cinquième étage », sur le site « JFK – l'assassinat, les questions »), Will Fritz – qui, rappelons-le, dirigeait le bureau des homicides de la police de Dallas et était chargé de l'enquête – n'aurait pas remis au sol les cartouches, après les avoir ramassées, mais les aurait mises dans sa poche. Pourtant, si l’on en croit Gary Mack, le même Alyea avait affirmé, en 1985, que le capitaine les avait rejetées à l’intérieur du « nid », après les lui avoir présentées (cf. Marrs, ibid., p. 417) ; témoignage que, dans une interview accordée en 1994 à Richard Bartholomew, confirme J. W. Hughes, spécialiste du reportage d’Alyea au TSBD, tout en ajoutant avoir visionné la scène sur une version du film, en une séquence antérieure à celle montrant l’extraction du fusil par Boone (cf. « The gun that didn’t smoke », part 2, section 2) ; et témoignage que la journaliste Connie Kritzberg ne contredit pas, lorsque, toujours en 1994, dans son ouvrage « Secrets from the sixth floor window », elle rapporte que le caméraman lui a déclaré ne pas pouvoir se souvenir de ce que Fritz avait fait des cartouches, après les lui avoir présentées, le mur de caisses ayant dérobé à sa vue ses avant-bras et le bas de sa veste. Selon l’ultime version d’Alyea, qui soutient que Kritzberg a mal rapporté ses propos (ce sur quoi on pourrait lui demander : et Mack et Hughes aussi ?), l'équipe du laboratoire d'enquête criminelle, conduite par le lieutenant Day, aurait, environ une demi-heure plus tard, replacé, au sol, les cartouches, en les jetant, au hasard, par la main du détective photographe Robert L. Studebaker, après que venait de les lui remettre Fritz, afin qu’elle effectue, entre autres, les photos du « nid » qui n'avaient pas encore été faites (parmi lesquelles figurera la photo constituant l'exhibit n° 510 de la commission Warren, que, devant la même commission, Mooney déclare ne montrer qu’une disposition des cartouches proche de la disposition originelle… à savoir, en fait, la disposition censée avoir été originellement vue par Fritz et Alyea… et non par lui-même, comme nous allons le voir…). Il reste qu’Alyea prétend avoir fait sa rencontre avec Fritz, au 5ème étage, avant l’arrivée de Mooney, et que celui-ci, qui est généralement (du moins, officiellement) reconnu pour être le découvreur des cartouches (cf. notamment le rapport du shérif-adjoint Ralph Walters, qui était présent sur les lieux, daté du 23 novembre, et celui de la commission Warren, p. 79), a fait de ces dernières, selon Jim Marrs, la même description que celle faite par Roger Craig (cf. ibid., p. 417) (Notons qu’elles pourraient avoir été découvertes par le policier Gerald Hill – cf. Groden, « The killing of a president », p. 101 – lequel, en effet, comme nous le verrons, annonce, très tôt et peut-être le premier, sinon lui seul, leur découverte, par la fenêtre sud-est, et qui pourrait avoir refilé la découverte à l’équipe du shérif, par connivence avec son supérieur Will Fritz, qui, comme nous le verrons, aurait eu changé leur disposition au sol. Il reste que, lors d’une interview accordée à une radio, le jour-même, il admet avoir procédé à l’inspection de l’étage, avec deux shérif-adjoints, et plus encore : « l’un de ces adjoints et moi avons été assez chanceux de trouver la fenêtre d’où les tirs ont été effectués et aussi les trois cartouches gisant au sol » – WCD 1210). Dans la deuxième partie de son ouvrage « When they kill a president », Craig écrit : « Luke Mooney et moi avons atteint, en même temps, le coin sud-ouest [du cinquième étage]. Nous avons immédiatement trouvé trois cartouches de fusil posées de telle façon qu’elles paraissaient avoir été soigneusement et délibérément placées là – bien en vue sur le plancher de la fenêtre du coin sud-ouest. Mooney et moi avons examiné très attentivement les cartouches et avons remarqué combien elles étaient proches les unes des autres. Les trois n’étaient pas à plus de trois centimètres d’intervalle et toutes étaient tournées dans la même direction (…) (The three of them were no more than one inch apart and all were facing in the same direction) » ; témoignage qu’il renouvellera, trois ans plus tard, en avril 1974, dans son interview par Ted Gandolfo, tout en précisant qu’elles étaient disposées « en rang » (« in a row ») (cf. Mark Lane, « Two men in Dallas »). En outre, devant la commission Warren, il avait précisé bien se souvenir qu’elles étaient situées à environ trente centimètres de la fenêtre, à droite de celle-ci. Il s’agit donc d’une disposition totalement invraisemblable, étant donné que le fusil devait avoir éjecté ses cartouches, sur la droite et l'arrière du tireur, dont le profil gauche s’offrait à la fenêtre ou au mur.
Si ce sont bien, à la fois, Mooney et Craig qui ont déclaré avoir vu les trois cartouches vides disposées de cette façon (de son côté, Garrison, qui les a interrogés, précise : « presque parallèles » – « close together and almost parallel to each other » – ibid., p. 85), cela pourrait signifier, d'une part, que tous deux n'avaient pas précédé Fritz, sur les lieux – lequel, pourtant, fit un aller-retour à l'hôpital Parkland, avant d'entrer dans le TSBD, à 12 h. 58, selon sa propre déclaration devant la commission Warren – et, d'autre part, que, contrairement à ce que ne fait que supposer Alyea, dans ses dernières déclarations, Fritz aurait replacé lui-même – qui plus est, soigneusement – les cartouches, au sol, au lieu de les remettre, environ une demi-heure plus tard, à Studebaker, pour qu'il le fasse, étant bien entendu que Mooney et Craig ne sont certainement pas arrivés au 5ème étage, une heure après l’attentat. D’un autre côté, l’existence de deux dispositions désordonnées différentes des cartouches dont a témoigné Mooney (cf. supra) accrédite que Fritz les aurait rejetées au sol, avant qu’elles aient été, de nouveau, ramassées pour être examinées par Day, puis, de nouveau, rejetées au sol pour être photographiées par Studebaker. Au demeurant, si, devant la commission Warren, Mooney ne fait que laisser entendre qu'il est celui qui a découvert le « nid » et les cartouches, sans que, d'ailleurs, la commission ne l'interroge directement, à ce sujet, Craig, quant à lui, déclare avoir été présent au 5ème étage, lorsque ces dernières ont été découvertes (avant 13 h. 06, qui est l’heure à laquelle il situe la découverte du Mannlicher-Carcano… ou Mauser, et donc bien avant 13 h. 12, qui est l’heure à laquelle le rapport de la commission Warren – p. 79 – situe approximativement leur découverte, le témoignage de Craig étant corroboré par celui de Mooney, qui, devant la commission, situe cette même découverte au plus tard à 13 h., Walters, de son côté, la situant – sans que cela favorise les témoignages de Craig et Mooney ou l’estimation de la commission – environ cinq minutes avant l’arrivée de Fritz à l’étage ; Fritz dont le subordonné Richard M. Sims, qui l’accompagnait à l’hôpital et à son retour à Dealey Plaza, confirme l’arrivée au TSBD entre 12 h. 58 et 13 h., et qu’il fait ensuite monter directement au 6ème étage avant de le faire descendre au 5ème, parce que quelqu’un venait d’y annoncer la découverte des cartouches, comme le confirme son collègue Elmer Boyd, qui lui aussi accompagnait le capitaine… découverte qui, remarquons-le, pouvait avoir eu lieu, depuis déjà quelques minutes, plusieurs annonces ayant pu se succéder, à destination de nouveaux arrivants – cf. rapport de Walters, réf. supra, et auditions de Sims et Boyd par la commission Warren). Il reste que, toujours devant la commission, Craig affirme n’avoir pas pu identifier la personne qui a annoncé la découverte, en la criant ; annonce que, devant la même commission, le shérif-adjoint Eugene Boone ne dit pas avoir entendu criée, mais avoir appris d’individus croisés (« Ils disaient que les cartouches avaient été trouvées au 5ème étage (6th floor) »), le même affirmant, par ailleurs, n’avoir appris que plus tard que la découverte avait été faite par Mooney, autant de déclarations qui n’ont rien d’étonnant, dans la mesure où il affirme avoir, avant d’entrer dans le TSBD, participé à l’inspection du Grassy Knoll et du secteur de la voie ferrée puis s’être rendu au bureau du shérif, pour y accompagner un touriste qui voulait y déposer les photos d’une partie de la façade du TSBD qu’il avait prises, juste avant les tirs – cf. son rapport au shérif du 23 novembre – bureau où il rencontre des collègues, parmi lesquels il se souvient avoir vu Ralph Walters mais pas Mooney, et sans dire mot de Craig, sans doute parce que celui-ci en était déjà reparti, après y avoir, lui aussi, accompagné, mais sans s’attarder, deux témoins – les époux Rowland – rencontrés lors d’une brève incursion au Grassy Knoll : collègues qui revenaient du 6ème étage pour chercher des lampes portatives – Boone laissant ainsi clairement entendre qu’il ne fut pas parmi les premiers à atteindre le 5ème étage, où Mooney et Craig pouvaient donc facilement déjà se trouver (Sous réserve que la déclaration de Craig faisant état d’une découverte criée ait consisté en l’une des falsifications de son audition dénoncées par lui-même – dont nous avons déjà parlé, au premier chapitre – la voix n'était manifestement pas celle de Mooney, que Craig connaissait bien, tout comme, d’ailleurs, le connaissait Boone ; pour autant, elle n'était pas nécessairement celle du découvreur, que, de son côté, le policier Gérald Hill, qui affirme avoir été présent, comme le confirme Mooney, précise ne pas avoir été – cf. supra – Hill que le détective V. J. Brian dit avoir entendu, depuis l’extrémité opposée de la salle, crier la découverte. Il reste que Mooney et Hill ont crié, chacun à leur tour, par la fenêtre sud-est, la nouvelle de la découverte, au shérif Bill Decker, qui se trouvait sur le trottoir nord d’Elm Street (en ce qui concerne Hill, c’est prouvé par une photo le montrant penché à la fenêtre et scientifiquement horodatée à 13 h. 03 par Richard Bartholomew), Mooney ajoutant l’avoir fait aussi, par la même occasion, au capitaine Fritz, mais alors que celui-ci prétend avoir appris la nouvelle, à l’intérieur du bâtiment – comme nous avons vu Sims et Boyd le confirmer – cf. le rapport de Mooney au shérif daté du 23 novembre, les procès-verbaux des auditions de Fritz, Brian, Sims et Boyd par la commission Warren, et Graf and Bartholomew, « The gun that didn’t smoke », ibid.).
Les tireurs avaient-ils rassemblé les cartouches, pour les placer inconsidérément, alignées et en évidence, sous la fenêtre est, avant de partir et avant que quelqu'un ne visite les lieux, entre le groupe Mooney et Craig et le groupe Alyea et Fritz, en jugeant devoir les disperser, pour donner plus de vraisemblance à la scène ? Ou bien, plutôt qu’un intermédiaire, n’est-ce pas Fritz lui-même qui a procédé à ce réaménagement de scène – ce que tenteraient de dissimuler, outre le témoignage de Hill, déniant avoir découvert la scène, celui changeant d’Alyea ? A l’appui de cette dernière hypothèse, on notera que, lorsqu’Alyea manifeste son envie de filmer l’intérieur du « nid », Fritz lui interdit de se frayer un passage, à travers les caisses, mais juste avant que lui-même ne s’y faufile pour s’emparer, à pleines mains (nues), des cartouches, un tel empressement à préserver l’agencement des caisses plutôt que la disposition et les empreintes digitales des cartouches le montrant plutôt soucieux de soustraire l’intérieur du « nid » à la vue et à la pellicule du caméraman. Quoi qu'il en soit, il reste à comprendre pourquoi les premiers documents officiels recensent deux cartouches vides et non trois, puis trois cartouches vides, dont l'une semblait n'être pas du même lot d'utilisation que les deux autres. L'une des trois pourrait-elle, tout simplement, avoir été perdue, pendant ou après son transport au bureau de Fritz, avant d'être remplacée par une autre similaire ? Selon le témoignage du lieutenant Day et de son collègue Richard Sims devant la commission Warren, Day a fait photographier les trois cartouches, les a examinées puis les a remises à Sims, lequel les a ensuite mises dans une enveloppe en papier non scellée (mais on suppose cachetée), sur laquelle il a inscrit ses initiales, la date et l’heure, et les a apportées, vers 14 h., au bureau de Fritz, où il les a laissées, alors que ce dernier était absent. Mais le témoignage de Sims à ce sujet reste problématique, empreint d’invraisemblance : il déclare qu’il ne peut faire le récit des événements que parce que Fritz lui a rappelé, depuis cette date, ce qui s’était passé, à l’époque… Lui qui aurait donc été présent avec ce dernier, au moment où les cartouches des trois balles censées avoir été tirées sur le Président ont été bougées et extraites du « nid » pour la première fois, et qui aurait ensuite été l’un des tout premiers à les avoir dans les mains, n’aurait pas été en mesure, moins de cinq mois plus tard, de se souvenir spontanément de ce qui en avait été fait, dans l’heure suivant leur découverte près de la fenêtre sud-est, là où elles étaient censées être restées étroitement surveillées, depuis qu’elles avaient été découvertes… Si l’une des cartouches a été perdue ou dérobée à ceux qui en avaient la garde, pourquoi Sims ou Fritz ne l'auraient-ils jamais avoué ? Ou bien l'une des trois avait-elle été utilisée, depuis la fenêtre sud-ouest, par le deuxième tireur, qui, avant de quitter les lieux, l'aurait jetée, à l'intérieur du « nid », à côté de celles tirées depuis la fenêtre sud-est ; ce qui – si l’on n’admet pas que Mooney et Craig ont été les premiers ou parmi les premiers (avec Hill) à voir les cartouches, du moins disposées de la façon qu’ils ont décrite – pourrait expliquer que, lors de sa première inspection du « nid », c'est-à-dire avant que Fritz n'y intervienne pour l’aider à filmer, Alyea dise en avoir vu une éloignée des deux autres, qui plus est, située plus à l'ouest qu'elles – nonobstant qu’on a plutôt tendance à penser qu’il décrit ainsi une nouvelle disposition qu’aurait effectuée Fritz ? (À propos de cette troisième cartouche, voir le procédé de tir par un canon d’un calibre supérieur à celui des munitions, appelé procédé du « sabot », dont parle Marrs, en rapportant même des indices que des balles de 6,5 mm pourraient avoir été tirées, sur Dealey Plaza, par des fusils d’un plus gros calibre que le Mannlicher-Carcano – ibid., p. 306-307 et 367).
Toutes ces considérations permettent de supposer que le tireur de la fenêtre sud-est s’est trouvé en retard sur les autres tireurs, qu’il devait initialement accompagner, ne serait-ce que pour qu’une troisième cartouche vide au sol vienne masquer leurs tirs, et qu’il a préféré ne pas ajouter une ultime détonation aux leurs, d’autant plus que la cible avait, de toute évidence, été mortellement touchée – y compris, à ses yeux, dans la mesure où des témoins (notamment Brennan) le décrivent demeurant dans l'embrasure de la fenêtre pour mieux observer l'état de sa cible, après ses tirs (attitude dont nous donnons, plus bas, une autre explication possible, d'ailleurs compatible, et qui, au demeurant, cadre mal avec sa supposée précipitation à rejoindre la salle à manger du 1er étage). Dans ce cas, si le tireur sud-ouest place finalement sa cartouche utilisée avec celles du tireur sud-est, plutôt que de s'en débarrasser autrement, ce pourrait être parce que ce dernier venait de faillir à tirer le nombre de balles prévu : 3 – quoique l'on admettra aussi que, étant donné que plusieurs vagues de tirs avaient finalement été effectuées sur Dealey Plaza, le mieux était de laisser un maximum de cartouches vides dans le « nid ». A propos de ces vagues de tirs, ne doit pas être négligé le signal que pourrait avoir constitué, en bas du Grassy Knoll, juste après les tirs effectués depuis le TSBD, le fameux mouvement d’élévation du parapluie ouvert tenu par l’« umbrella man », suivi du lever de main de son accompagnateur, le « dark complected man », ce dernier s’avançant jusqu’à l’extrémité du bord du trottoir, comme s’il avait pu chercher à être mieux vu depuis le Dal-Tex et/ou à se trouver quasiment dans le champ de vision de tireurs ayant leurs lunettes de tir pointées sur la Lincoln présidentielle… Il s'agirait donc d'un nouvel indice de l'existence de tirs effectués depuis l'arrière dont tous n'avaient pas été programmés pour être des tirs de diversion.
Le nombre total de tirs pourraient avoir été d'au moins sept, étant donné les témoignages mentionnés plus haut et d'autres témoignages – comme ceux de Sam M. Holland, qui était situé sur le Triple Underpass, de Gordon Arnold, qui était situé le long de la palissade est, dans l'ombre des arbres (raison pour laquelle, selon Jim Marrs, aucune photo ne l’a capturé), de Bill Newman, qui était situé en bas du Grassy Knoll, à côté et à l'ouest du panneau de la Stemmons Freeway (qui sera enlevé, dès les jours suivants, très probablement par ce qu'il portait un ou plusieurs impacts de balle), de Mary Woodward et A. J. Millican, qui étaient situés à l'est du panneau et de l'« umbrella man », et, enfin, de Kenneth O'Donnell, un assistant de Kennedy, qui était situé dans la voiture suivant immédiatement celle présidentielle (cf. Marrs, ibid., p. 28, 38, 58-59, 79-80 et 457, Douglass, « JFK et l'indicible », p. 357-359, et l’article de Woodward paru, le lendemain, dans le Dallas Morning News). Tous ces derniers affirment – quand d'autres le font aussi et d’autres suggèrent – l'existence de plusieurs tirs effectués depuis le Grassy Knoll (En tout, pas moins de 58 témoins, parmi ceux entendus à propos de la localisation des tirs, affirment que ces derniers venaient de cet endroit, auxquels s’ajoutent « 34 autres, qui couraient et regardaient vers ce même endroit, au moment de l’assassinat » ! – Mark Lane, « L’Amérique fait appel », p. 36 et 39). Devant la commission Warren, Holland parle de trois ou quatre tirs, Arnold – dans une interview accordée en 1978 – d'au moins deux tirs, effectués dans son dos, sur sa gauche, Newman – devant la commission Warren – de plusieurs tirs, effectués derrière lui – voire, lors de son audition par Jim Garrison, en 1969, de trois à quatre tirs – Woodward – dans son article paru le lendemain – de trois tirs effectués derrière elle et ses collègues journalistes, légèrement sur leur droite, dont le premier fut très bruyant – avant qu’un rapport du FBI relatant son audition de 6 décembre suivant mentionne qu’elle aurait eu successivement l’impression que les tirs venaient d’au-dessus d’elle et peut-être de derrière, puis du viaduc et enfin que l’« écho fort » (« loud echo ») l’aurait empêché de déterminer leur provenance (localisation à l’arrière et sur la droite pourtant confirmée par Jean Newman, qui se trouvait à côté d’elles, un peu plus à l’ouest : au bureau du shérif, le jour-même, elle parle de deux tirs venus de sa droite, et, deux jours plus tard, devant le FBI, sans parler de l’origine des tirs – du moins, si l’on en juge au procès-verbal – n’exclut pas qu’il y ait eu un ou plusieurs autres tirs), Millican – dans une déclaration faite au bureau du shérif, peu après l’attentat – de cinq tirs effectués derrière lui, et O'Donnell – lors de confidences privées – de deux tirs. Autant de tirs qui pourraient avoir été effectués, soit en plusieurs vagues, une vague venant corriger l'autre, soit (voire aussi) de façon mal synchronisée. Cette dernière hypothèse expliquerait les témoignages parlant de tirs très rapprochés dans le temps, un témoin comme Arnold, qui – comme Millican – était militaire, parlant même de deux tirs se succédant trop rapidement, pour avoir été tirés par un seul fusil à verrou (single-bolt action) (fusil non automatique), comme il se doit pourtant, lors d'un tir de précision. Quant aux témoins ayant entendu les tirs effectués depuis le TSBD, ils parlent tous d'un premier tir isolé, suivi de deux tirs très rapprochés, qui, comme ceux de la palissade, ne peuvent avoir été effectués par un même fusil non automatique (le tir de la fenêtre sud-est, qui aurait été mal synchronisé, ayant pu ainsi échouer à masquer celui de la fenêtre sud-ouest, alors qu'un éventuel tir effectué depuis le Dal-Tex pourrait, par contre, avoir été masqué). Pour autant, les témoins présents devant ou dans le TSBD sont loin d’avoir, tous, entendu des tirs venant de ce même bâtiment : ainsi, pour ne prendre que quelques exemples, Billy Lovelady, situé sur les marches de l’entrée du TSBD, les a perçus venant d’ « autour de la petite affaire en béton sur la butte » (« around that concrete little deal on that knoll ») (comprendre : le muret sur lequel était perché Zapruder), raison pour laquelle il se dirige, sans trop tarder, vers elle, en compagnie de Shelley (déclaration à la commission Warren) ; Victoria Adams, qui regardait le cortège depuis la fenêtre du milieu du troisième étage, a perçu chacun des trois tirs qu’elle a entendus « comme s’il venait d’au-dessous à droite plutôt que d’au-dessus à gauche » (« it seemed as if it came from the right below rather than from left above ») (id.) ; et Steven F. Wilson, qui observait, au même étage qu’elle, deux fenêtres plus à l’est, eut l’impression que « les tirs venaient de l’extrémité ouest du bâtiment ou de la colonnade (i.e. la pergola) (…) Les tirs ne semblaient vraiment pas venir d’au-dessus de moi » (« the shots really did not sound like they came from above me ») (déclaration au FBI du 25 mars 1964). En outre, les plus significatifs de tels témoignages pouvant être ceux de Carolyn Walther et Arnold Rowland, qui, bien qu’ils avaient vu, depuis Houston Street, avant les tirs, un homme armé à une fenêtre du TSBD, n’en déclarèrent pas moins avoir entendu les tirs venir du Grassy Knoll. Au demeurant, certains des témoignages qui situent les tirs sur le Grassy Knoll – notamment celui de Millican – les situent à des endroits différents sur la butte ; plusieurs endroits qui, de même que les deux des deux fenêtres du TSBD, pourraient n'en avoir fait qu'un, pour McMahon (la notion de séparation pouvant avoir été relative, dans un vaste ensemble de positions inégalement éloignées les unes des autres, qui plus est, configurées d'une façon ayant pu favoriser certaines fusions acoustiques, notamment, comme le reconnaît McMahon lui-même, par l’effet Doppler). Lors d'un interrogatoire par un shérif-adjoint (cf. WCHE, vol. XIX, p. 486), Millican, qui avait une grande expérience des terrains de combat, les décrit comme ayant eu lieu, en deux vagues espacées dans le temps, succédant à une première vague de trois tirs partis du TSBD : d'abord, deux tirs, puis trois autres « arrivant de la même direction mais semblant le faire de plus loin en arrière », pouvant ainsi désigner, d'une part, les deux tirs effectués depuis la palissade, dont a été témoin Arnold, puis trois autres effectués, toujours depuis la palissade, dont la disposition nord-sud permettait un échelonnement de l'éloignement des positions par rapport à Elm Street (trois derniers tirs dont Arnold ne nie pas qu'ils aient eu lieu, puisqu'il parle d'autres tirs effectués, après les deux qui l'ont obligé à se coucher au sol. Pour autant, on notera qu’il ne fait pas partir de tirs, devant lui, de la palissade sud, où, pourtant, comme nous le verrons, de nombreux témoins, y compris visuels – avec lesquels Millican reste possiblement en accord – en situent au moins un, qui plus est effectué, en premier, comme l’étayent, d’ailleurs, des analyses acoustiques d’un enregistrement d’une radio de motard effectuées à la demande du HSCA. Malgré cela, et malgré aussi que son témoignage, dans une interview en 1978, est tardif – ce qu’il justifie par la crainte de représailles – et qu’aucune photo ou film ne montre de silhouette, à l’endroit où il prétend s’être trouvé – mais dans l’ombre des arbres et très vite couché au sol, par réflexe militaire – son témoignage n’en est pas moins étayé par le « badge man », silhouette dépassant le haut de la palissade, un peu au nord de sa position, silhouette identifiée, en 1982, sur l’une des photos prises par Moorman, « badge man » dont le tir aurait bien été effectué derrière et sur la gauche d’Arnold, comme l’avait rapporté celui-ci ; reste la question : a-t-il produit un faux témoignage pour nuire à la thèse du ou des tirs frontaux depuis la palissade sud, dont l’un aurait été le tir mortel et un autre le tir à la gorge, infirmant la théorie de « la balle unique » pour Kennedy et Connally ?). On notera, enfin, que le lever de parapluie pourrait avoir eu lieu, juste avant les deux premiers tirs du Grassy Knoll (comme s'il avait été le signal de leur déclenchement), puisque l' « umbrella man » l'effectue, alors que Kennedy se trouve quasiment en face de lui, juste avant le panneau derrière lequel il va disparaître de l'objectif de la caméra de Zapruder, avant de réapparaître blessé à la gorge, et avant que, suite au nouvel échec de tirs, le lever de main du « dark complected man » ne donne le signal pour les derniers tirs, qui toucheront finalement la tête.
En 1970, le chercheur Robert Cutler a avancé l’hypothèse que le Président aurait été touché, d’abord, à la gorge, par une fléchette paralysante tirée par le parapluie ouvert, juste avant qu'il ne soit élevé, fléchette destinée à figer la cible (En 1963, la CIA venait de faire provision de cette invention, comme l’ont, d’ailleurs, reconnu, en 1975, devant le comité d’enquête Church du Sénat, le directeur de l’agence William Colby, son ancien directeur Richard Helms, et le concepteur d’armes spéciales pour l’agence, Charles Senseney, qui apporte les précisions suivantes : la fléchette, d’un diamètre de cinq millimètres, est propulsée à haute vitesse, se dissout entièrement dans le corps, en ne laissant aucune trace observable, et paralyse totalement sa victime, en deux secondes). Cette hypothèse est néanmoins contredite par les témoignages des médecins qui, pendant une vingtaine de minutes, ont tenté de réanimer la victime, à l'hôpital Parkland. Selon eux, la blessure à la gorge, quoique de seulement 3 à 5 mm, voire 4 à 7 mm (dimension estimée, puisque aucun instrument ne l'a mesurée, ayant notamment été rapidement agrandie pour effectuer une trachéotomie), était certainement, pour certains, et, pour d’autres, très probablement, un orifice d'entrée de balle (cf. Lane, ibid., p. 46-53, Marrs, ibid., p. 363 et 366-367, et Douglass, ibid., p. 408-409). L’hypothèse est aussi contredite par le témoignage de Bill Newman, qui, lors de son audition en 1969, associe clairement le mouvement d'élévation et de crispation des mains de Kennedy à la hauteur de sa gorge, au premier tir entendu – témoignage néanmoins tardif et qu’il convient de mettre en balance avec celui de Mary Woodward, qui se trouvait tout aussi près de la scène que lui, entre le panneau de la Stemmons Freeway et celui de la Thornton Freeway, et qui, dans son article paru le lendemain, a déclaré « ne pas croire que quelqu’un ait été touché par la première balle ». Or, il s’agit là de deux témoins qui, comme nous l’avons dit, ont situé l’origine de tous les tirs sur le Grassy Knoll, alors que d’autres ont pu paraître plus vagues dans leurs déclarations… certes on ne peut plus officielles, puisque faites devant la commission Warren et par des officiels, mais dont l’importance tient indéniablement au fait qu’elles viennent de deux témoins présents dans la Lincoln présidentielle : Mrs Connally et le chef de la sécurité présidentielle au Secret Service, Roy Kellerman, assis respectivement derrière le chauffeur et à côté de lui. La première affirme avoir entendu, en tout, trois tirs « venant de la droite », sans avoir pu déterminer « s’ils venaient d’en haut, d’en bas ou d’où que ce soit » ; le second affirme avoir entendu, en tout, « au moins » (« at least ») trois tirs, un premier tir suivi de ce qu’il nomme « une rafale de tirs » (« a flurry of shots ») ou encore « une rafale de balles arrivant dans la voiture » (« a flurry of shells come into the car »), en précisant que la première détonation « venait de la droite et peut-être en arrière » (« I was sure that [the noise] came from the right and perhaps into the rear »). Du reste, Kellerman est certain d’avoir entendu, juste après la première détonation, la voix du Président prononcer les mots « Mon Dieu, je suis touché ! » (« My God, I am hit ! »), phrase qui, comme le remarque pertinemment Mark Lane, ne peut avoir été dite par un homme touché par une balle à la pomme d’Adam, ce qui permet d’associer, avec certitude, ce premier tir à la blessure dorsale du Président. Du reste, celle-ci a paru n’être pas profonde au médecin James Humes, qui, lors de l’autopsie, dont il était le responsable médical, à l’hôpital militaire de Bethesda, y a enfoncé un doigt, sans, d’ailleurs, y rencontrer de balle, alors que, de leur côté, deux agents du FBI ont signé le reçu d’une balle entière trouvée dans le corps de la victime, lors de cette même autopsie, découverte confirmée par l’Amiral Galloway, qui supervisait la séance (cf. Groden, « The killing of a president », p. 79) (Selon Kellerman, qui était présent dans la salle d’autopsie, son adjoint, le docteur Pierre Finck, sera, quant à lui, dissuadé de vérifier la profondeur et le trajet de la blessure par des officiers présents dans la salle – témoignage corroboré par l’intéressé lui-même, qui, devant une commission d’examen, l’ARRB, en 1996, avouera n’avoir jamais eu de preuve que la blessure au dos et celle à la gorge relevaient d’un même tir). En outre, Humes évalue étrangement son angle descendant de pénétration à 45°, alors que l'angle de descente depuis le « nid du tireur » était tout au plus de 17°5 et qu'aucun obstacle dans la ligne de tir ne permettait une quelconque déviation de la balle, et, qui plus est, alors qu'aucun immeuble des environs n'offrait un tel angle. A-t-il ainsi voulu signifier qu’on ne l’a pas laissé libre de faire et/ou de dire ce que sa tâche lui imposait ? La réponse pourrait bien tenir dans le fait qu’il brûlera toutes ses notes originales prises pendant l’autopsie (cf. « L’Amérique fait appel », p. 72, 365 et 384-386). Tout laisse, en effet, penser qu’il a purement et simplement inventé ce chiffre de 45°, en ayant bien conscience de le laisser tel un indice lourd de signification, le chiffre n’étant ni plus ni moins que celui de la ligne de tir située au beau milieu de l’éventail des lignes de tirs possibles depuis l’arrière… comme pour mieux faire soupçonner sa dimension arbitraire ; chiffre que son adjoint Finck semble avoir subtilement cherché à atténuer, tout en le légitimant, lorsque, devant la commission Warren, il est allé jusqu’à affirmer que la blessure à la tête correspondait elle-même à un tir effectué depuis l’arrière « à l’intérieur des 45 degrés par rapport au plan horizontal » (« In my opinion, the angle was within the 45 degrees from the horizontal plane »), la mesure n’ayant pu être plus précise, du fait de la trop grande taille de la plaie de sortie qu’il situe à l’avant ; Finck qui, devant l’ARRB, en 1996, avouera s’être fait voler toutes les notes qu’il avait prises pendant l’autopsie, à l’issue de celle-ci, pendant qu’il se lavait.
Il reste que l’hypothèse d'une fléchette paralysante n'est pas sans être étayée, d'une part, par le fait que Bill Newman décrit le Président comme étant resté assis dans « une position droite », pendant toute la période des tirs (« all the time »), jusqu'à même devenir « raide comme une planche », avant de basculer sur sa gauche, au moment de l'impact à la tête (position et mouvement que certains expliquent par son port d'un corset thérapeutique) (impact à la tête qu'il associe à la troisième détonation, qu'il fait donc précéder de deux autres, provenant, elles aussi, du Knoll, mais sans situer chronologiquement un quatrième tir, qu'il « a souvent pensé » avoir entendu, par le passé, mais dont, présentement, en 1969, il ne peut clairement affirmé l'existence), et, d'autre part, par le fait que, dans les minutes qui suivent l'attentat, l' « umbrella man » semble ne pas vouloir perdre de vue son ustensile, comme s'il craignait qu'on lui dérobe : une fois assis sur le bord du trottoir, à côté du « dark complected man » (alors que tout le monde se déplace, autour d'eux, soit afin de se protéger, soit afin de s'emparer des tireurs... soit encore, pour certains policiers et agents du Secret Service – qu'ils aient été ou non de faux agents – pour, au contraire, les protéger et assurer leur retraite), il le dépose, devant lui, à ses pieds, à même la chaussée, et non, à côté de lui, sur le trottoir, comme il aurait sans doute été plus spontané et adéquat de le faire, pour un parapluie ordinaire. L'ustensile pourrait soit avoir tiré une fléchette ayant manqué sa cible (elle pourrait avoir touché et anesthésié le gouverneur Connally, qui, devant la commission Warren, affirme n’avoir, sur le coup, pas souffert de ses blessures, n’avoir pas entendu le tir l’ayant touché au thorax – que, du reste, il distingue parfaitement du premier tir ayant touché Kennedy – et n’avoir même rien senti de ses blessures au poignet et à la cuisse), soit avoir tiré une fléchette dont la blessure sur Kennedy n'aurait pas été remarquée par les médecins, soit encore avoir dissimulé un appareil de transmission (dernière hypothèse sans doute la plus probable). Au passage, on notera que le fait que Connally dit n’avoir pas entendu le tir l’ayant touché dans le dos pourrait être un indice supplémentaire du fait que ce tir aurait été effectué depuis la fenêtre sud-ouest du 5ème étage, dans la mesure où, comme nous l’avons vu, le tir depuis cette fenêtre aurait été prévu pour être discret (du moins, à l’extérieur du bâtiment). En effet, nos considérations antérieures nous conduisent à admettre que la détonation entendue par Dougherty était, plutôt que celle d’un amas de tirs (dont ce dernier), celle d'un unique tir effectué depuis la fenêtre sud-ouest du 5ème étage du TSBD, unique tir dont le bruit est « tombé » dans la cage d'escalier.
D’autres preuves ou indices de tir sont à prendre en compte : 1) les deux hommes vus, au moment des tirs, le long de la palissade sud, du côté du parking, par Lee E. Bowers et Virgil E. Hoffman, le premier témoin étant situé à environ 130 mètres au nord du Grassy Knoll, en haut de la tour d’aiguillage ferroviaire, le second, à environ 200 mètres au nord-ouest, sur la bande d’arrêt ouest du Triple Overpass (viaduc de la Stemmons Freeway), l’un des deux suspects, situé à environ trois mètres de la pointe de l’angle de la palissade, finissant par se déplacer vers l’ouest pour remettre à l’autre ce qui ressemblait à un fusil long, avant que chacun d’eux se sépare dans une direction différente ; au même moment, une fumée s’élevait de dessous les arbres situés près de l’angle de la palissade, comme le virent aussi Holland et six autres témoins, depuis le haut du viaduc ferroviaire (cf. Lane, « L’Amérique fait appel », p. 28-32 et 38-39) ; notons qu’aucun de ces neuf témoins ne pouvait voir la palissade est, cachée par des arbres, où pouvaient donc se tenir un ou plusieurs autres tireurs ; autant de témoignages corroborés par celui du policier Joe M. Smith, qui, ayant eu l’impression, depuis l’intersection de Houston Street et Elm Street, que les tirs étaient partis de derrière la palissade sud, s’y rendit aussitôt et y sentit une odeur de poudre : « L’odeur y flottait. Je la sentais nettement. » (témoignage recueilli par le journaliste Ronnie Dugger) (ibid., p. 42-43) ; 2) l’impact d’un projectile au milieu d’Elm Street, derrière la voiture présidentielle, à un endroit que la témoin, Virgie Rachley (alias Mrs Baker), située devant le TSBD, sur le trottoir nord, situe en face du panneau de la Stemmons Freeway, qu’elle ne pouvait voir, impact qu’elle vit, juste après la première détonation, qui, selon elle, comme les deux autres qu’elle a entendues, venait du viaduc ferroviaire : « J’ai vu un tir ou quelque chose toucher la chaussée (…) C’était à peu près au milieu du chemin » (déclaration à la commission Warren) ; 3) le fragment de balle qui a blessé, à la joue, James Tague, qui observait le cortège depuis le resserrement du terrain séparant Commerce Street et Main Street, au pied du viaduc ferroviaire, la balle ayant d’abord heurté le bord du trottoir sud de Main Street, à environ 4 mètres de lui, sur sa droite ; 4) les deux impacts de projectile sur et autour du parebrise de la voiture présidentielle, l’un, d’un fragment de balle, sur le parebrise, à gauche du rétroviseur intérieur (côté conducteur), l’autre, d’une balle entière, sur le cadre du parebrise, au-dessus du rétroviseur, tous deux visibles sur des photos prises par le Secret Service (cf. Groden, ibid., p. 36 et 41) et confirmés par plusieurs témoins – entre autres, le journaliste Richard Dudman et le policier H.R. Freeman, présents à l’hôpital Parkland ; 5) le ou les plus que probables impacts de balle sur le panneau de la Stemmons Freeway, lequel a disparu, les jours suivants, et n’a jamais pu être retrouvé ; 6) le ou les impacts de balles ayant creusé la pelouse du côté sud d’Elm Street, dont ont notamment été témoins Mr et Mrs Wayne E. Hartman et Richard Carr, les premiers parlant d’un sillon de 50 à 60 cm de long et d’environ 4 cm de large situé dans le prolongement de la ligne du tir à la tête, mais sans que le rapport d’enquête du FBI, daté de septembre 1964, qui rapporte leur déclaration, précise s’ils la faisaient partir du Grassy Knoll ou du TSBD, quoiqu’il précise que sa direction n’était pas la même que celle ayant terminé sur Main Street (cf. supra), et qu’il fasse de la zone de son terme celle où William Harper, un étudiant venu prendre des photos du site, le lendemain, en fin d’après-midi, trouvera un fragment d’os occipital de Kennedy, à environ 8 mètres au sud de l’impact à la tête et environ 50 mètres du Triple Underpass (cf. documents de la commission Warren n° 1518 et n° 1395, témoignage d’Harper recueilli par le chercheur Milicent Cranor, en 1997, et Douglass, ibid., p. 381 et notes 363 à 365, p. 615) ; le second, Richard Carr, qui, rappelons-le, observait la scène de haut, depuis le sud-est, parlant d’un frappement et d’un soulèvement d’herbe, au bout d’une ligne de tir allant de la palissade du Grassy Knoll (origine des trois derniers des quatre tirs qu’il dit avoir entendus, celle du premier – plus faible – lui ayant échappé) à – si elle avait été moins descendante – l’immeuble de la Cour criminelle, situé à l’angle nord-est de Houston Street et Main Street (cf. son audition, lors du procès Shaw, en 1969), témoignage confirmé par Jim Garrison, qui, l’ayant interrogé, pendant et en marge du procès Shaw, rapporte qu’il vit la balle « creuser un sillon dans l’herbe, en direction de l’est » (ibid., p. 230) ; les témoignages des Hartman et de Carr n’étant donc pas sans pouvoir coïncider, nonobstant ce qui pourrait avoir été une tentative du FBI (qui avait interrogé Carr, dès janvier 1964) de l’occulter ; 7) Les séries de photos en noir et blanc prises par Jim Murray et William Allen, moins de dix minutes après l’attentat, montrant trois hommes : le shérif-adjoint Eddie Walthers, en civil, et deux inconnus, un Blanc en civil et un Noir en uniforme, se baissant pour observer des traces sur la pelouse du côté sud d’Elm Street, juste en face du panneau indiquant Fort Worth, chacun des deux premiers ramassant, au sol, à environ un mètre de distance, quelque chose qui ne dépasse pas la taille d’une balle, bien que, dans le cas de Walthers, le dos de sa main le dissimule à l’objectif, et que, dans le cas de l’inconnu noir, son diamètre puisse faire penser à une balle écrasée. Roger Craig confirmera qu’une balle a été trouvée par Walthers, à ce moment et à cet endroit, et précisera qu’elle était de calibre 45 (cf. « When they kill a president », part 3). Quant à l’officier de police Joe W. Foster, que les photos montrent aussi, en uniforme, accompagnant les trois hommes, il confirmera, devant la commission Warren, qu’une balle a creusé la pelouse, près de la plaque d’égout, laquelle est située juste à côté de l’endroit où les photos montrent ces derniers affairés (cf. Groden, ibid., p. 41, 68 et 70). Pour d’autres indices balistiques relevés sur Dealey Plaza, longtemps après les faits, lire Marrs, ibid., p. 306-307 ; 8) Le sillon d’environ vingt centimètres de long creusé, en direction du sud-ouest, dans le trottoir nord d’Elm Street, à environ 2,50 mètres à l’est du deuxième lampadaire partant de l’intersection de Houston Street, qu’Eugene P. Altredge déclare avoir vu à la télévision, peu de temps après l’attentat, et être allé constater, sur les lieux, au début de l’été 1964. Cinq jours après avoir déclaré au FBI, le 29 septembre 1964, qu’il trouvait étonnant que l’enquête officielle n’ait pas tenu compte de cette marque, il constatera qu’elle a été colmatée (cf. Gary Shaw, « Cover up », p. 123-124, et Groden, « The killing of a president », p. 40, qui en publient des photos qui ne prouvent ni n’infirment qu’il s’agit d’une trace de balle).
En définitive, bien que cela relève de la gageure, on peut se risquer à établir l’estimation suivante : 8 à 9 tirs ont été effectués, en tout, sur Dealey Plaza : 1) trois, depuis le TSBD (dont deux, depuis la fenêtre sud-est – l’un atteignant directement le trottoir de Main Street et l’autre directement le dos de Kennedy, tirs destinés à faire diversion et à faire endosser à Oswald l’assassinat du Président – comme l’attestent encore des témoignages comme ceux de Brennan et Carolyn Walther, selon lesquels le tireur ne se retenait pas de manifester sa présence à la fenêtre – tirs dont les munitions tirées par le vieux Mannlicher-Carcano, à la précision vraisemblablement incertaine, pourraient avoir été sous-dosées en poudre, pour éviter des dommages sur des tiers, ce qui expliquerait la blessure dorsale peu profonde et la faible égratignure du trottoir sur Main Street – et un troisième depuis la fenêtre sud-ouest – atteignant directement le dos de Connally, puis son poignet et sa cuisse) ; 2) trois (ou quatre), depuis le Grassy Knoll (l’un d’eux atteignant la chaussée derrière la voiture présidentielle, après avoir touché le panneau de la Stemmons Freeway, un autre atteignant directement le cou de Kennedy, un ou deux autres – simultanés – directement sa tête, dont un éclat atteint le parebrise) ; 3) enfin, deux depuis le Dall-Tex (tirés depuis un étage du bas et ayant raté leur cible, l’un aurait touché le haut du cadre du parebrise de la voiture présidentielle, l’autre aurait terminé là où le shérif-adjoint Eddie Walthers a ramassé une balle). On aura du mal à ajuster, au mieux, ces estimations aux détonations rapportées par les témoins – et, avant même cela, à faire la synthèse de ces dernières – dans la mesure où leurs témoignages (qui, du reste, auraient pu être complétés par plus d’une soixantaine d’autres venant de témoins auxquels, comme le relève Lane, l’enquête officielle « oublia ou jugea inutile de demander où ils situaient l’origine des coups de feu » – ibid., p. 36) ont été divergents et, pour beaucoup d’entre eux, lacunaires et/ou approximatifs, et ce pour différentes raisons, allant du défaut d’audition et/ou de discernement et/ou de mémoire aux pressions exercées ultérieurement sur eux, en passant par leurs différentes situations sur Dealey Plaza et la présence d’un vent fort, ce jour-là, le phénomène d’écho n’ayant pu, par contre, que peu jouer, de l’avis même de certains connaisseurs des lieux qui, pour le justifier, mettent en avant le grand espace ouvert et entouré d’une ceinture bétonnée relativement homogène faisant face au bâtiment du TSBD et au Grassy Knoll, même si l'on notera aussi que, depuis certains endroits, comme le renfoncement latéral des rues perpendiculaires à Houston Street ou la proximité d’un tel renfoncement, ce phénomène a pu être très présent, comme en témoigne Roger Craig, qui venait de franchir l’angle de Main Street, au moment du premier tir ; à un journaliste qui, en 1968, lui demande s’il a pu déterminer l’endroit d’où était parti la première détonation, Craig répond : « Non, vous ne pourriez pas dire. Il y avait tellement d’échos (so many echoes) que vous ne pourriez pas dire ». Autre difficulté pour déterminer l’origine des tirs : la limousine présidentielle a été grossièrement nettoyée, et sa capote refermée, dès son arrivée à l’hôpital, puis a été refaite à neuf, l’année suivante, manifestant ainsi l’intention – précoce et durable – de priver tout chercheur ou enquêteur d’un relevé exhaustif des impacts et projections à l’intérieur du véhicule, nonobstant quelques photos lointaines ou partielles prises par le Secret Service.