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Sur la base de sources publiques, retour sur des affaires restées énigmatiques.

LA MORT DE CHRISTIAN JAMBERT (IV)

 

 

4) Remarques générales :

D’une façon générale, par-delà certaines invraisemblances : un tir effectué par un droitier contre sa tempe gauche, un point d’impact d’assommage très peu compatible avec une chute, deux tirs perpendiculaires pour un suicide, il est possible de relever des caractéristiques ne permettant pas d’écarter complètement l’hypothèse d’une certaine habileté et d’un certain sang froid du ou des tueurs et leur très bonne connaissance des circonstances dans lesquelles évoluait Jambert : 

1) intrusion sans traces d’effraction (peut-être avaient-ils une copie de clé, bien que Jambert pouvait changer régulièrement ses serrures... ou en ajouter – du reste, n’avait-il pas, comme le rapporte une journaliste de la presse écrite, « installé des micros dans sa maison pour entendre ce qui s’y passait, en son absence » ? Et peut-être bien, donc, avant tout, pour savoir si on s’y était introduit, alors même qu’aucune trace d’effraction n’aurait pu le lui indiquer ou le lui laisser soupçonner) ; 

2) disposition du corps pouvant paraître être celle d’un suicidé : bras adéquatement disposés, comme décrit plus haut, et tête, qui, bien renversée en arrière et portant une blessure au sommet (celle de l’assommage), devrait avoir heurté lourdement le sol, après que le corps fût tombé à la renverse (quoique la position très droite de ce dernier implique que les épaules aient pu toucher le sol, avant ou en même temps que la tête, en amortissant, du même coup, le choc, et que ce soit l’arrière du sommet plutôt que le sommet de celle-ci qui ait porté au sol, et, d’autre part, quoique, comme nous l’avons dit, le mouvement ordinaire du corps d’un fusillé soit de tomber sur lui-même) ; 

3) connaissance du fait que le faible recul d’une carabine 22 long rifle entraîne nécessairement sa présence tout près du corps, après un tir de suicide ; 

4) connaissance du fait que, pour un analyste en balistique, une balle tirée peut être éventuellement rattachée à une seule et unique douille (caractéristique qui se décline de façon particulière, au cas où l’une des douilles en trop se trouve être celle d’une balle tirée contre la tempe par un autre fusil que celui de Jambert, douille que, du reste, il est risqué d’abandonner à une analyse comparative avec l’intérieur du canon du fusil, sans compter que la ou les douilles déjà au sol pouvaient n’avoir pas été utilisées par le fusil de Jambert, soit par réflexe, soit en défense, soit encore lors d’un exercice de tir ancien) ; 

5) possible imitation réussie de l’écriture de Jambert, dans le prétendu mot d’adieu (du moins, est-ce ce que l’on peut déduire du fait que son fils, qui l’a découvert sur la table de la cuisine, semble n’avoir aucunement douté, sur le coup, de son origine paternelle, et alors qu’aucune expertise graphologique ne semble avoir été effectuée, par la suite, pire le mot ayant pu être remplacé, début 2003, juste avant une audition de la fille du gendarme, qui venait de demander la réouverture de l’enquête, par un autre, qui, à la différence du premier – censé avoir été écrit au feutre, selon le témoignage du fils, et avoir été inscrit sur un petit morceau de papier non plié en deux, et n’avoir pas fait explicitement état d’un suicide, selon le témoignage de la fille – aurait été écrit au stylo bille, sur un grand morceau de papier plié en deux et aurait parlé explicitement de suicide ; remplacement ayant pu avoir lieu, à la faveur du fait que l’original aurait été détruit, en même temps que les autres scellés – le doute n’étant, néanmoins, tout compte fait, pas levé que le premier n’ait pas été véritablement écrit de la main de Jambert, ni même qu’un autre lui ait été substitué ultérieurement, une mémoire défaillante étant toujours possible à propos d’une pièce aussi émotionnante, notamment pour des proches, quoique la fille semble être absolument certaine de bien souvenir) ; mot d’adieu originel qui, en outre, pour les mêmes raisons et avec les mêmes réserves que précédemment, ne semble pas avoir été écrit sous la contrainte (Il pourrait avoir été écrit par un Jambert persuadé de s’engager dans une opération d’exfiltration de sa propre personne, sous la houlette d’un service secret, éventuellement le service de contre-espionnage français dont il avait été un collaborateur, dans les années 80 – avant de le regretter, dans ses dernières années, selon le témoignage de sa fille – exfiltration dont il aurait été préalablement convenu qu’elle serait maquillée en faux décès, ce qui expliquerait que le mot avertisse les proches de l’existence d’un plan d’assurance-vie à leur intention... mais à condition que ce faux décès ne paraisse pas être un suicide, qui constitue, en effet, un motif de non versement de l’épargne aux ayants droit... détail qui n’est pas pour infirmer le témoignage de la fille, à propos du contenu du mot ; fille qui, au demeurant, était étrangement la seule destinataire du mot, alors que son père n’avait jamais semblé montrer un attachement inégal à ses deux enfants : s’agit-il d’une maladresse de faussaire ? d’un indice laissé par un Jambert soit contraint, soit perplexe quant aux véritables tenants et aboutissants de sa soi-disant exfiltration, et cherchant à insinuer le doute sur le contenu du mot ? d’une tentative de faussaire de provoquer la dissension entre les deux enfants, et peut-être surtout la suspicion ou le mépris, à l’égard du fils, de la part de tiers, en jetant, à l’avance, avec tout le poids de l’autorité paternelle, le discrédit sur celui qui pouvait avoir des velléités de reprendre le combat de son père ? – à la différence de sa sœur, n’avait-il pas pris connaissance des documents que lui avait confiés son père, comme nous le verrons ?) ; et mot qui, enfin, a été écrit, à l’encre rouge, avec un stylo qui n’a été retrouvé, ni sur les lieux, ni ailleurs (du moins, dans ce dernier cas, à supposer que les enquêteurs l’aient vraiment recherché), peut-être parce que son analyse n’aurait pas pu y révéler les empreintes de Jambert. Alors que, après avoir commis leur crime, le ou les tueurs ne pouvaient s’attarder à chercher un stylo et du papier, dans les affaires de leur victime, à y écrire le mot et à appliquer les empreintes digitales de cette dernière sur le stylo, ils pourraient être arrivés, avec, en poche, le mot déjà écrit, mais sans le stylo, soit par imprévoyance ou par oubli (pouvant trahir de l’amateurisme), soit dans l’intention de laisser croire que Jambert avait prémédité son geste, depuis un certain temps, et avait déjà rédigé son mot, depuis cette date, éventuellement avec un stylo trouvé, à l’occasion, hors de son domicile (la première hypothèse étant la plus probable, à condition que n'eût pas été faite l’impasse sur la recherche du stylo) ; 

6) réalisation de l’assassinat, à un moment où le médecin légiste du secteur est en vacances, son remplaçant – un médecin généraliste à domicile – n’étant pas en mesure d’effectuer les premiers constats sur le corps, avec la pertinence et l’exactitude qui s’imposent ; 

7) connaissance du fait que Jambert allait être auditionné, fin août ou début septembre, par le juge d’instruction d’Auxerre, en tant que témoin principal dans le cadre de l’enquête sur les disparues de l’Yonne, enquête qui venait d’être relancée par le juge, le 7 mai, peu de temps avant que, dans le cadre de cette même enquête, Jambert ne soit entendu par un enquêteur de la gendarmerie (septième argument valant, si l’on suppose que son assassinat est lié à cette affaire – hypothèse que vient étayer, au moins partiellement, le contenu de la sacoche disparue, tel qu’inventorié, au moins partiellement, par son fils, pour qui elle « contenait un grand nombre de documents relatifs à l'affaire des “disparues” » ainsi qu’à des réseaux pédocriminels dans l’Yonne et dans la Nièvre, relation à l’affaire des disparues de l’Yonne que confirment aussi un ancien collègue du gendarme et l’ancien assesseur du tribunal pour enfants d’Auxerre, le fils ajoutant à tous ces témoignages que « des carnets, des répertoires et des cahiers rangés dans un placard se sont également évaporés » – autant de disparitions pour lesquelles aucune enquête officielle n’a jamais été ouverte) ; 

8) enfin, connaissance du fait que l’arme et la sacoche de la victime étaient de retour, à son domicile – depuis le 15 juillet, pour la sacoche, et, semble-t-il, depuis plus récemment encore, pour l’arme – après qu’il les ait eu confiées, pour la première, en février, à son fils, et, pour la seconde, semble-t-il, à une date indéterminée, à un autre de ses proches (dont on a néanmoins toutes les raisons de soupçonner qu’il s’agit, là encore, du fils, qui lui rendit visite, le 2 août, peut-être bien, entre autres, pour lui remettre la carabine, auquel cas, on a aussi toutes les raisons de soupçonner qu’elle lui avait été confiée, en même temps que la sacoche). A noter que février 1997 – le 13, exactement – est la date à laquelle le procureur de la République de l’Yonne déclare, contre toute attente, sur la base du rapport d’enquête sur les disparues de l’Yonne qui avait été remis à son substitut, par Christian Jambert, dès 1984 ( !), qu’il ne peut ouvrir une instruction concernant ces disparitions, pour la raison que les faits sont désormais prescrits (Il tardera à remettre le rapport de Jambert au juge d’instruction, après la relance de l’enquête, en mai). Deux explications peuvent être avancées pour l’éloignement des documents du domicile de Jambert, en ce mois de février : 1) après la décision du procureur, ceux qu’incriminaient ces documents peuvent estimer avoir désormais la voie libre pour les récupérer, en toute impunité, auquel cas il convient de les cacher ; 2) le choc causé par cette décision a pu être tel pour l’ancien gendarme que des velléités d’en finir, de manière radicale – à moins que ce n’ait été simplement le risque de telles velléités – pourraient être nées en lui, et pourraient avoir, en réaction, poussé ses proches à le persuader de se séparer des instruments d’une possible action dommageable pour lui-même et/ou pour d’autres, qu’il se fût agi d’un suicide (qu’il avait déjà tenté, deux ans auparavant, dans des circonstances particulières n’ayant pas eu directement à voir avec son travail d’enquêteur, moment de dépression dont, du reste, plusieurs de ses connaissances attestent qu’il s’était parfaitement remis) et/ou d’un règlement de compte, d’une vengeance (même si, pour ce qui est des documents – parmi lesquels se trouvaient des photos – plutôt que d’avoir tendance à penser qu’il envisageait leur divulgation à la presse, on a tendance à penser qu’il souhaitait les mettre à l’abri d’éventuels voleurs, comme vient, d’ailleurs, le corroborer le fait que, à une date indéterminée, il avait demandé à l’une de ses connaissances, habitant le même quartier que lui, de les prendre, un temps, chez lui, ce pour quoi il avait essuyé un refus, avant de se rabattre à les confier à quelqu’un d’autre, vraisemblablement à son fils ; documents, dont, du reste, il avait sans doute préalablement effectué des copies, conformément, d’ailleurs, à ce qu’il tenait pour l’une des règles essentielles dans le cadre d’enquêtes très délicates ; copies qui, néanmoins – notamment pour ce qui est des photos – risquaient de constituer des preuves insuffisantes ou simplement irrecevables, dans le cadre d’une instruction judiciaire, d’où l’intérêt que les originaux eussent été en lieu sûr, du moins, dans un lieu moins exposé que son domicile ; pour ce qui est de l’arme, on peut supposer qu’il souhaitait s’en séparer, soit par crainte que l’on vienne mettre en scène un faux suicide sur sa personne, à son domicile, mise en scène dans laquelle elle aurait pu jouer un rôle primordial, soit au moment de confier à quelqu’un d’autre – éventuellement son fils – la tâche de faire effectuer par un armurier sa transformation en semi-automatique, dans la mesure où la date et les modalités de cette transformation nous demeurent inconnues). Comme le pense son fils, le retour de la sacoche remplie de documents s’explique très probablement par le fait qu’il se préparait à l’audition, chez le juge, dans les semaines suivantes. Au demeurant, le retour de l’arme peut s’expliquer, de la même manière, dans la mesure où il savait sa vie menacée (le souhait qu’elle puisse lui servir à se défendre ayant pu finalement l’emporter sur la crainte qu’elle fût l’élément d’une mise en scène de suicide), et ce, donc, d’autant plus à l’approche d’une telle audition. Pour finir, on notera qu’il suffisait aux agresseurs d’être au courant de l’audition prochaine pour être sûrs de trouver les documents originaux au domicile.

 

 

Sources :

 

Ecrites :

 

Frédéric Vézard, Disparues de l’Yonne – L’introuvable sacoche du gendarme (Le Parisien du 22 mars 2002).

Jean-Marc Ducos, « On a tout fait pour que je parte » (Le Parisien du 4 avril 2004).

Laurent Chabrun, Les mystères du gendarme Jambert (L’Express du 12 avril 2004).

Eric Raynaud, Les réseaux cachés des pervers sexuels (éditions du Rocher, 2004).

Virginie Ikky, Emile Louis, le gendarme Jambert, l’Yonne et ses mystères (greffiernoir.com, 2009). 

 

 

Audiovisuelles :

 

Jeudi  investigation – Suicide du gendarme Jambert, une balle de trop (Canal +, 2008).

Affaires criminelles – Mystères du gendarme Jambert (AB productions, 2009).

Non élucidé – L'énigme de la mort du gendarme Jambert (Phare ouest productions, 2015).

 

 

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