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Sur la base de sources publiques, retour sur des affaires restées énigmatiques.

LA MORT DE CHRISTIAN JAMBERT (III)

  

3) Critique des hypothèses :

Dans les deuxième, troisième et quatrième hypothèses, une fois qu’il est arrivé au sous-sol, muni de son arme, Jambert y est assommé (ce qui, notamment dans le cas de la quatrième hypothèse, est plus facilement faisable par deux complices, l’un faisant diversion, quand l’autre agit, à l’insu de la victime). Sous l’effet de la crispation des membres, son doigt presse la détente, et un ou deux coups de feu partent, au hasard (le chargement semi-automatique ayant pu entraîner un double tir), éjectant une ou deux douilles au sol (les balles ont pu être projetées dans la direction de la zone des cibles du stand de tir que Jambert s’était aménagé ; auquel cas, il n’y a pas vraiment lieu, et surtout pas vraiment moyen, de les distinguer des autres balles qui sont allées se ficher dans la cible ou dans ses alentours, lors des exercices de tir habituels). L’un des agresseurs s’empare du fusil et – éventuellement par facilité, dans la mesure où Jambert peut n’être pas complètement assommé – tire, à bout portant, un coup mortel ou quasi mortel, contre la tempe gauche de la victime (tir immédiatement mortel, tout comme le sera le deuxième, selon les experts qui les ont identifiés – ce qui interdit, outre que la victime ait pu s’infliger un deuxième tir, qui plus est perpendiculaire au premier, qu’elle ait pu se raidir, dans la position où elle sera retrouvée, chose qui n’est, en effet, tout au plus, possible qu’à un blessé) ; puis un autre, assurément mortel, à bout touchant, à l’intérieur de la bouche, contre le palais. Les deux individus disposent le corps de Jambert, allongé, au sol, sur le dos, dans la position qui leur semble pouvoir être celle d’un suicidé qui vient de se donner la mort, par un tir dans la bouche, au moyen d’une carabine à faible recul (22 long rifle), qui, une fois lâchée, a glissé le long du corps subitement rigidifié, et est tombé à droite du corps, en même temps que celui-ci basculait raide en arrière et se blessait à la tête, le canon venant se poser sur le bas de la jambe droite, les bras, quant à eux, étant restés figés : le gauche – censé avoir tenu l’arme – replié sur le ventre, le droit – censé avoir appuyé sur la détente – allongé le long du corps (comme le montrent les photos prises par les enquêteurs) ; position du corps censée pouvoir s’offrir comme étant celle d’un homme ayant tenu, debout, le fusil, le long du thorax, le bout du canon appliqué dans la bouche, contre le palais, alors même que, dans la plupart des cas, un fusillé tombe sur lui-même, s’effondre, avant de s’étaler au sol, de façon désordonnée et aléatoire (cf. supra). Trois ou quatre douilles viennent de tomber au sol. Mais, dans la confusion, aucun des deux agresseurs n’est en mesure d’identifier, de façon certaine, laquelle ou lesquelles seraient en trop, dans le cas d’un suicide – y compris, donc, un suicide pour lequel la victime aurait dû s’y prendre, à deux fois – à savoir laquelle ou lesquelles viendraient du tir effectué par Jambert. Étant donné que le local fait usage de stand de tir, ils n’hésitent pas longtemps à laisser les trois ou quatre au sol, avant de s’éclipser par la porte d’entrée principale du domicile, après avoir dérobé la sacoche de documents de l’ancien gendarme et avoir laissé un soi-disant mot d’adieu de ce dernier à ses proches (du moins, indirectement, à tous ses proches, puisque, directement, à sa seule fille, comme nous le verrons).

Sous réserve que – variante valant pour chacune des quatre premières hypothèses – une ou deux balles tirées par Jambert aient pu l’être en défense, balles ayant même pu blesser un agresseur, lequel, blessé ou non, aurait donc dû avoir un complice neutralisant la victime, par l’arrière, on notera que la présence de trois ou quatre douilles au sol, telle que nous venons de l’expliquer vient étayer la troisième et la quatrième hypothèses (Dans le cas de la première, de la cinquième et de la sixième, il conviendrait d’admettre que une ou deux douilles résultent d’un exercice de tir effectué, la veille ou les jours précédents, quoique, à vrai dire, il soit peu probable que Jambert n’eût tiré qu’une ou deux balles, lors d’un tel exercice, les douilles pouvant, par contre, avoir été simplement oubliées, lors du ramassage, voire perdues ; et, dans le cas de la deuxième hypothèse, il conviendrait d’admettre que cet exercice aurait eu lieu éventuellement, dans les minutes précédentes, lors d’une démonstration souhaitée par le visiteur lui-même) ; or, par ailleurs, la quatrième et la cinquième étant les moins probables des six (l’une, parce que Jambert n’aurait sans doute pas pu manquer de soupçonner un lien intentionnel entre la visite au perron et l’intrusion au garage, et parce que, d’autre part, effectuer deux entrées à deux endroits différents eût été une complication pouvant nuire à la discrétion, en s’exposant à un éventuel observateur situé dans la rue ou dans le voisinage ; l’autre, parce qu’une analyse balistique risquait d’établir la double origine des balles), c’est donc les trois premières et la sixième qui s’avèrent être les plus probables de toutes. Pour autant, comme nous l’avons vu, la sixième reste très fragile, et, comme nous allons le voir, la première et la deuxième s’avèrent être elles-mêmes fragilisées par certains détails, dont l’un d’eux n’est, d’ailleurs, pas sans fragiliser aussi la troisième... puisque  les six !

En effet, il convient de savoir pourquoi Jambert aurait dû recevoir deux balles, à deux endroits différents, après avoir été assommé, étant donné que l’assommage aurait dû suffire à l’immobiliser, avant que ne lui soient infligées, à un seul et même endroit, de façon plus compatible avec un suicide, deux balles ou, mieux encore, une seule. En outre, bien que la blessure au sommet de la tête était située au-dessus de ce que les médecins-légistes nomment « la ligne du chapeau » (ligne entourant la tête au-dessus des oreilles et correspondant à la limite inférieure ordinaire d’un chapeau, au-dessus de laquelle une trace de coup ne peut être due à une chute), elle était, à la rigueur, susceptible de passer exceptionnellement pour le résultat de la chute du corps, après qu’il ait reçu une balle dans la tempe (balle qui, au demeurant, dans l’hypothèse d’une blessure causée par une chute, n’aurait pu qu’être tirée la première, la tempe étant plus accessible à un agresseur que l’intérieur de la bouche), mais tout en laissant totalement inexplicable le fait qu’une seconde balle ait été tirée dans la bouche – et ce, autant dans le cas de la mise en scène d’un faux suicide que dans le cas d’un suicide véritable (dans ce dernier cas, la première balle, quel qu’ait été l’endroit de la tête où elle aurait été tirée, et le choc de la tête au sol, le tout très probablement accompagné du lâcher de l’arme, ayant certainement enlevé au suicidé toute capacité de compléter son acte) ! La seule réponse possible à toutes ces questions est que, comme nous l’évoquions précédemment, le coup porté volontairement à la tête n’ait pas été suffisant pour faire perdre connaissance à Jambert et pour lui faire perdre tous ses moyens de défense (cas de figure en lequel consiste, d’ailleurs, aussi l’urgence évoquée dans la cinquième hypothèse, et bien que, dans ce dernier cas, Jambert n’aurait pas été armé, ce que, du reste, la première et la deuxième hypothèses n’excluent pas non plus) ; auquel cas, s’imposait, dans un premier temps, un tir dans la tempe – plus facile d’accès que la bouche – qui plus est, dans la tempe gauche, encore plus facile d’accès que la droite, pour un agresseur qui aurait donc pu avoir été caché, sur la gauche de Jambert (par exemple, au cas où la victime aurait eu à la franchir, derrière la porte visible près du corps, sur l’une des photos prises par les enquêteurs), agresseur qui soit pourrait avoir réussi à s’emparer de la carabine de celui-ci (si, comme nous l’avons vu, ce dernier est tombé, de tout son poids, en avant, sur un objet anguleux, il a très probablement lâché ou quasiment lâché son arme, par la même occasion), soit pourrait avoir utilisé sa propre arme, probablement une arme de poing d’un calibre identique à la carabine de sa victime (on notera que la description que fait de la blessure temporale le rapport de la première autopsie peut corroborer un tir effectué dans l’urgence, dans des conditions peu favorables, puisque ayant été relativement approximatif : « trajectoire de gauche à droite, légèrement d’avant en arrière »), avant qu’un autre tir plus compatible avec un suicide par carabine, et, quant à lui, assurément effectué au moyen de la carabine de la victime, soit infligé dans la bouche ; dernier tir dont le projectile, ayant terminé sa course à l’arrière du sommet du crâne (plus exactement, « au niveau de la zone occipitale gauche cérébrale, au terme d’une trajectoire de droite à gauche et de bas en haut », selon le rapport précité), aurait pu, en outre, viser à « rattraper », autrement dit à accréditer (quoique sans parvenir à le faire autrement que maladroitement), soit l’existence de la blessure à la tempe comme orifice d’entrée, soit l’existence de la plaie au sommet du crâne comme orifice de sortie, plaie au sommet qui, comme nous l’avons dit, était incompatible avec une chute du corps en arrière, nonobstant que, par ailleurs, comme le montrent les photos, on pourrait s’être appliqué à disposer la tête, renversée au maximum en arrière, pour chercher à mettre son sommet en contact avec le sol (ce qui achèverait d’indiquer que le tir buccal visait à rattraper le tir temporal). Aussi, une telle observation, selon laquelle les tirs auraient eu successivement une fonction de rattrapage – qui plus est, associée à l’observation selon laquelle une plaie à la tête n’aurait pas manqué de saigner abondamment, depuis la pièce où aurait eu lieu la réception et l’agression (le couloir d’entrée ou la cuisine, voire la chambre) jusqu’au garage, parcours sur lequel aucun témoin n’a relevé de traces de sang – infirme-t-elle la première hypothèse. 

Par ailleurs, on se demandera pourquoi un agresseur qui aurait été en mesure d’entrer dans le domicile par le garage ou par l’entrée principale, sans laisser de traces d’effraction, n’aurait pas été en mesure d’en sortir, de la même façon, plutôt que d’en sortir par l’entrée principale, en la laissant ouverte (qu’elle eût été ou non préalablement laissée ouverte par Jambert) et en provoquant ainsi doublement la suspicion : et parce que Jambert avait l’habitude de la laisser fermée à clé, et parce qu’une telle anomalie et celle de la mort du gendarme ne pouvaient que s’amplifier l’une l’autre, en nuisant à la thèse du suicide. Pour autant, il n’est pas impossible que l’entrée et la sortie du ou des agresseurs aient eu lieu par le garage, dans la mesure où, comme nous l’avons vu, Jambert pourrait avoir ouvert la porte d’entrée principale pour inspecter le garage, de l’extérieur, et avoir ensuite omis de la refermer, ce que les agresseurs n’auraient ensuite pas remarqué, étant simplement remontés dans la cuisine pour déposer le mot d’adieu sur la table, avant de redescendre au garage pour en sortir.  

En définitive, nous conclurons notre analyse, en donnant le tiercé suivant des hypothèses les plus probables : 1) la deuxième ; 2) la première ; 3) la troisième – en précisant, d’une part, que, dans chacune des trois, Jambert descend au garage, avec son fusil, et que ce dernier est l’arme avec laquelle sont tirées les deux balles qui l’atteignent, après qu’il a été insuffisamment assommé, et, d’autre part, que, hormis dans la (1) (la deuxième) et dans la (3) (la troisième), la ou les douilles en trop se trouvent être des douilles laissées à la fin d’un exercice de tir ancien, effectué dans la zone aménagée en stand de tir. Nous disons « hormis dans la (1) et dans la (3) »... quoique excepté dans leurs variantes, à savoir, pour la première, s’il s’est agi d’effectuer une recherche de documents, étant néanmoins bien évident qu’il pourrait tout aussi bien s’être agi et de montrer des documents et de montrer le fonctionnement de la carabine... par exemple, à des individus censés être chargés de procéder à une exfiltration, comme nous allons le voir... et, pour la seconde, si Jambert appuie sur la détente, soit, malgré lui, sous le coup de l’assommage, soit, volontairement, pour se défendre.
 

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